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Messages à faire passer à la nouvelle génération :

jeudi 20 juillet 2000 par Joëlle Mirabaud

L’importance de la démocratie, solidarité, laïcité, parité :
Ces thèmes ayant été développé en 1ière et 2ième journée de stage, vous pouvez vous y reporter. Si vous ne l’avez pas ou plus, le compte-rendu correspondant est encore affiché sur le panneau de la cafétéria.
Le rôle de la solidarité dans la démocratie, tel que Léon BOURGEOIS l’a conçu, n’a pas été accompagné, contrairement à ce qu’il avait prévu, d’une éducation morale complémentaire à l’école. La solidarité comme principe politique est maintenant réduite à donner de l’argent, c’est à dire à pratiquer la charité. A nous, enseignants, de prendre le relais en cours d’ECJS, en heure de vie de classe.
La loi sur la parité a été votée, mais personne n’a évoqué au cours des discussions préparatoires l’idée d’éducation ! L’égalité des sexes est en opposition avec notre patrimoine culturel et doit demander un travail de fond pour être accepté. La loi sur la parité est un progrès, mais elle n’aurait pas du être nécessaire si l’idée de parité était instillée à l’école !

Les effets de l’identité culturelle :
Le mot ‘identité’ désigne le caractère de ce qui ne fait qu’un, ce qui demeure identique dans le temps. Mais l’identité culturelle se fonde sur des caractéristiques linguistiques, religieuses, artistiques propres à un groupe. Par exemple, l’acquisition de la nationalité française est un processus automatique, de fait : droit du sol, droit du sang. Cette acquisition se fait sans démarche ni réflexion de la part de l’adolescent qui peut avoir l’impression de ne pas faire parti du groupe culturel des français, par défaut de prise de conscience. En cas d’immigration, les caractéristiques du groupe culturel changent. Il est complexe de s’approprier une histoire que l’on n’a pas vécu, de se fabriquer une nouvelle identité, au carrefour de ses références personnelles anciennes et de nouvelles références juridiques, politiques, religieuses.
L’acquisition de la nationalité française de fait est une occasion perdue de créer la prise de conscience d’appartenance. Cette acquisition devrait être accompagnée d’une demande, justifiée par la communication de ses motivations, après comparaison entre sa condition initiale et la condition existant dans le pays d’accueil. Cette demande créerait le désir d’intégration, d’adhésion. A défaut d’une demande officielle, cette réflexion peut être menée en classe d’ECJS.
L’acquisition d’une identité culturelle est un point de départ pour construire ensemble. En aucun cas, elle ne doit être réduite au patriotisme qui pousse à l’agressivité. La semaine du racisme revient chaque année, bien qu’à des dates variables. Cette semaine est un bon prétexte pour privilégier ‘l’éducation du rapport à l’autre’. Son exploitation pluridisciplinaire lutte contre le rejet de l’autre, en créant une prise de conscience de la peur, la haine, l’incompréhension devant l’inconnu. Aborder ce thème permet de souligner l’importance, mais aussi l’effet pervers du ‘droit à la différence’.
L’identité du ‘groupe classe’ peut être développée en heure de ‘vie de classe’ ou dans n’importe quel cours où le besoin s’en fait sentir. Un débat sur ce thème peut se révéler efficace dans une classe agitée, morcelée. Plutôt que d’uniformiser les individus, cette réflexion permet d’accepter les différences, de les utiliser de façon enrichissante.

Le rôle de l’autorité :
L’autorité parentale est souvent mise à mal de nos jours. Le mouvement américain de défense des droits de l’enfant lutte contre l’adultocratie. Cette action a de nombreux effets pervers :
=> Si les droits des enfants sont sacrés, les parents perdent leur fonction interdictrice donc leur rôle de guide et de garde-fou.
=> Si l’enfant a l’impression de choisir les règles, il peut logiquement les refuser quand elles ne lui conviennent plus, d’où la crise de l’éducation actuelle.
=> Le droit de vote dés 12 ans est revendiqué mais pas la levée de l’incapacité juridique des mineurs qui rend les parents responsables de leurs méfaits. C’est illogique !
=> La négation de la différence de génération revient à refuser les lois protectrices des enfants comme l’interdit de l’inceste.

L’autorité juridique est nécessaire à la vie en démocratie. Elle concrétise la réalité de la protection des droits de l’homme. Il y a autant de démocraties que de pays démocratiques, la construction en est choisie par ses habitants donc adaptée à leurs besoins. Le respect d’une loi peut naître d’un cheminement personnel menant à l’adhésion ou du suivi d’une tradition préexistante.
La démocratie est un système politique perfectible. Notre rapport à la loi est créateur de tensions entre l’obéissance passive et la désobéissance en cas de besoin contre une décision arbitraire d’un dictateur, ou plus couramment contre un décret municipal émis sans consultation, hors de propos par rapport aux besoins des administrés. Respecter les lois est une nécessité, qui peut et doit s’accompagner d’une vigilance critique. Ainsi se construisent les amendements, les nouvelles lois.

Laurence Loeffel pense qu’actuellement en France, les lois récentes indiquent une régression de la démocratie, elle se base sur les critères suivants : diminution de la prise en compte du bien public et de la solidarité, augmentation de la privatisation. Qu’en pensez-vous ?
Enfin, la moralité reste souvent le seul garant. Par exemple, ceux qui connaissent bien la loi sont souvent tentés de l’adapter à leurs besoins. Des détours juridiques rendent légaux des dégrèvements d’impôts inconnus du grand public. Moralement, on est proche du délit d’initié !

L’éducation est nécessaire à l’évolution culturelle :
L’éducation doit permettre de se former, d’être capable de concevoir un jugement critique. Cet aspect éducatif est souvent ressenti par nos dirigeants comme une menace pour l’ordre établi. La finalité de l’éducation nationale serait-elle plutôt d’apprendre aux élèves l’obéissance ?
Le consensus autours des valeurs caractéristiques de notre pays permettait le processus d’acculturation par l’école. Le système fonctionne car il ne heurte pas de front la culture familiale de l’élève, sauf problème d’immigration récente. Cette morale laïque ne fonctionne plus car les valeurs politiques ou sociétales ne sont plus reconnues par les jeunes. La solidarité en est un bon exemple : elle disparaît progressivement avec la capacité de faire passer l’intérêt commun avant le sien. LIPOWETSKY exploite l’apogée de la morale du devoir de la 3ième République, l’exaltation des droits individuels subjectifs. En opposition au devoir douloureux de s’effacer devant le groupe prôné sous la 3ième république, notre ère serait-elle celle d’une éthique indolore ?
On observe actuellement une accentuation du processus d’individualisation. La technologie actuelle comme les téléphones mobiles ou Internet permet une communication par écrit ou oral, rapide, à chaque instant, mais cette communication perd l’apport des informations visuelles, gestuelles, olfactives. Ces compléments d’information dont la source reste souvent inconsciente mais très réelle, permettent une compréhension plus complète, plus précise du message par l’intégration neuronale de la sommation des sensations. Le langage contribue à la construction du réel, mais seuls les grands écrivains arrivent à restituer l’aspect émotif de la communication par l’écrit seul, séparé des autres modes sensoriels de communication. Laurence Loeffel trouve que le virtuel peut donner l’illusion de pouvoir tout posséder, tout visiter et que ce nouvel outil informatique très pratique doit perdre cet aspect fallacieux par le biais d’une formation, d’une prise de conscience de la part de l’adolescent influençable.
Qu’en dites-vous ?

Débats et dilemmes permettent de construire ces notions :
Le débat démocratique permet de créer des conflits formateurs, alors que le consensus, le politiquement correct, oblige à enterrer les problèmes et bloque l’évolution morale. Les débats tiennent une place de choix dans la culture démocratique. La citoyenneté est construite sur la participation de chacun aux débats publics. L’échange de points de vues contraires est enrichissant à condition d’écouter l’autre et d’argumenter en réponse. Fruit d’un équilibre, le conflit est au cœur de la Loi. L’intérêt général est basé sur les intérêts des particuliers. La Loi est modulable, au contraire de la loi religieuse dogmatique, comme le montre par exemple la loi contre le harcèlement sexuel avec son additif sur le harcèlement moral. Cette mise en œuvre concrète de la liberté d’expression des citoyens peut résoudre une contradiction en excluant la violence. Le problème d’une minorité peut devenir le problème de l’état démocratique et conduire à l’acceptation de la différence, sans discrimination.
Un débat contradictoire doit se construire. Les élèves sont répartis en équipes proposant leurs arguments sous l’égide d’un président de séance aidé d’un secrétaire et, de façon facultative, d’un journaliste filmant au caméscope (rôles tenus par 3 élèves). Les règles en sont simples : respecter son temps de parole en proposant un argument à la fois, accepter l’autorité du président, et surtout ne présenter son argument qu’en réfutation du propos précédent de façon à construire un débat cohérent, convaincant, et non pas un feu d’artifice de phrases sans lien qui ne feront changer l’avis de personne. Le débat doit être préparé : les arguments doivent être recherchés, justifiés avec les sources citées, triés en fonction de leur importance et leur adéquation, hiérarchisés pour déterminer l’ordre de présentation, en tenant compte de l’argumentation préparée par le ou les autres groupes d’opinions différentes. Le critère fondamental à respecter est la réfutation systématique de tout argument lié à un intérêt personnel.
Attention au choix du thème : on ne peut débattre que sur des opinions, pas sur des délits. Par exemple, le travail d’échange d’opinions doit porter sur les problèmes créés par le racisme, pas sur le fait d’être raciste. Un ensemble de fiches est disponible en salle des profs, proposant les thèmes conseillés par l’Education nationale à utiliser lors de la semaine du racisme.
Exemples de thèmes : Le racisme provoque des agressions à différents niveaux ; Envie de fumer et loi Evin ; L’existence des ZEP crée une contradiction entre l’égalité et l’équité ; Organes et sang, don ou vente ; Le génocide ; Les abus de pouvoirs ; la valeur de la loi sur l’IVG diminuée par la clause de conscience pour les médecins…

Le dilemme moral est un peu différent du débat puisqu’il doit présenter un choix impossible, un conflit de devoirs. Ce n’est pas la réponse qui compte (il n’y en a pas !), mais c’est l’argumentation. Trouver des dilemmes est aisé mais la difficulté est de guider la réflexion des élèves par une question qui ouvre la discussion sans cibler ‘La Réponse’.
Le travail de réflexion, l’analyse des réponses, permet à l’élève de progresser dans l’échelle des ‘stades de moralité’. Le psychologue KOHLBERG pense comme PIAGET, qu’il existe des étapes caractéristiques dans l’élaboration du jugement moral, chaque stade se construit sur le précédent selon une loi de maruration cognitive. Il retient 6 stades semblables à ceux de Piaget, bien qu’évalués comme acquis plus tardivement :
- Stade 1 = punition / récompense. C’est la peur du gendarme, l’obéissance dans le seul but d’éviter la punition.
- Stade 2 = donnant / donnant. C’est l’utilitarisme naïf : est bon ce qui permet de satisfaire ses besoins au meilleur compte. Ce niveau I égocentrique caractérise la petite enfance avant 10 ans mais peut déborder bien au-delà. L’enfant immature doit obéir passivement sans pouvoir comprendre donc sans liberté de critique.
- Stade 3 = gentil petit. C’est le désir d’être bien vu et respecté par les personnes détentrices de l’autorité.
- Stade 4 = la loi et l’ordre. C’est l’esprit de discipline, le consentement à suivre la règle. Ce niveau II conformiste est la capacité de respecter les usages et lois de la société dans laquelle on vit, elle se construit à l’adolescence. Selon Kolberg, la majorité des personnes s’y arrêtent.
- Stade 5 = le contrat. C’est l’obéissance à la loi si elle est démocratique (respect des droits de tous). Cette morale sous-tend les institutions juridiques et politiques des démocraties modernes.
- Stade 6 = justice et principes éthiques. Cette morale universaliste repose sur le respect de la vie humaine et l’exigence inconditionnelle de la justice. Ce niveau III s’acquière normalement au début de l’âge adulte : la personne devient autonome dans l’exercice du jugement moral. Ce niveau ne peut être développé que si les niveaux précédents ont été construits solidement en temps voulu.

Exemples de dilemmes :
- Un groupe de terroristes planifie un attentat à la bombe dans un avion transportant 360 personnes. La police a arrêté une femme qui fait parti du groupe mais refuse de parler. Les enquêteurs demandent l’autorisation de torturer cette femme pour sauver les 360 personnes. Qu’en pensez-vous ?
- L’état de l’Oregon est un des plus pauvres des USA. Un forum est organisé pour répartir l’aide de l’état dans les secteurs de soin privilégiés par la population : l’aide aux femmes enceintes et aux cardiaques est en tête de liste, les greffes d’organes en fin de liste. Or un garçon de votre âge a besoin d’une greffe de moelle osseuse qui coûte 100 000§, ce qui privera 10 000 personnes de soins. Doit-on laisser mourir Toby ?

Bibliographie complémentaire :

Titres (tous présents au CDI) Editions
Dossier "Citoyenneté entre crise et utopie" Le Monde
"ECJS = Education civique, juridique et sociale" B.O. hors série n°5, 05/08/99
BALIBAR Etienne, "Ce que nous devons aux sans papiers" (dossier ‘civisme’) Le Monde de l’éducation 12/97
BOUCHARD Pascal "L’enfant roi" (dossier ‘civisme’) Le Monde de l’éducation 12/97
COLLOVALD Annie "La contestation mise en scène" (dossier ‘autorité’) Le Monde de l’éducation 05/98
COUTEL Charles "Instituer le citoyen selon Condorcet" L’ens. philosophique 50ième an. n°2
FOUERE Gaëlle "En filigrane dans les programmes" (dossier ‘guerre et paix’) Le Monde de l’éducation 05/99

Comme vous avez pu le constater, ce stage ne propose pas d’idées très originales, mais justement peut-être néglige-t-on de parler aux élèves de ce qui nous parait évident ! ?


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Lycée Jules-Hardouin Mansart de Saint Cyr L’Ecole (académie de Versailles)
Directeur de publication : Christine Joureau