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Eduquer à la solidarité est un acte de citoyen

jeudi 20 juillet 2000 par Joëlle Mirabaud

La doctrine solidariste est née fin Dix-neuvième, sous la plume de Léon BOURGEOIS, franc-maçon.
Il la présente comme le juste milieu entre l’excès du libéralisme économique (où l’individu est tout, la société n’est rien) et l’excès du collectivisme socialiste qui prône l’inverse. Le mal social est l’injustice, conséquence inévitable de l’excès de liberté individuelle. On ne peut l’éviter, mais on peut la corriger en combinant au principe naturel un principe moral. Droits et devoirs sont alors redéfinis :
- Les droits sociaux accordent nourriture, logement, soins, emploi.
- Les devoirs sociaux sont l’obéissance, la reconnaissance de la dette sociale : tout homme vivant en société profite de ses bienfaits donc contracte une dette envers elle. Ceux qui en profitent le plus ont une dette plus importante d’où l’impôt progressif sur le revenu. La loi est la conscience de ceux qui en manquent.
ZOLA décrit bien dans " Germinal " le paternalisme bourgeois soutenu par l’église, et les œuvres de charité qui ne sont plus adaptés aux besoins de la classe ouvrière. La charité doit être remplacée par la solidarité sociale, basée sur la solidarité observée dans la nature où tous les êtres vivants sont interdépendants, basé aussi sur les travaux de PASTEUR qui vient de formuler sa doctrine microbienne. La maladie contagieuse devient le modèle du mal social, le tuberculeux le modèle de la solidarité s’il s’abstient de cracher par terre et de tousser sur les autres.
Cette doctrine solidariste pose cependant 2 problèmes : la transposition de la nature à la société est arbitraire ; et cette responsabilité collective est anti-démocratique car pour un coupable tous payent ce qui est illégal !

Assurances et Sécurité Sociale peuvent rembourser notre dette sociale, nous libérant de cette responsabilité.
Chacun paye au prorata de ses possessions et de ses capacités. La 1ière conséquence est le détournement du modèle libéral vers le modèle social. La deuxième conséquence est la rationalisation du principe chrétien de la charité mais aussi de la fraternité puisque faire le bien devient obligatoire. Les actes de charité sont les symptômes d’un mal social, la société prend en charge les exclus, or les seuls exclus inévitables devraient être les handicapés mentaux.
JUPPE a nommé l’emprunt pour combler le déficit de la Sécurité Sociale : RDS =Remboursement de la Dette Sociale ! Trop de personnes considèrent le remboursement comme un dû et certains abusent.

Notre éducation civique est tronquée car elle disjoint droits (= dettes) et devoirs (= dûs)

La conception enfantine " les devoirs des uns sont les devoirs des autres " est présente au Lycée (exemple : je le respecterai quand il me respectera…)
- Alors qui commence ?
- Pourquoi faire son devoir si les autres ne le font pas ?
Tout droit devrait immédiatement entraîner le devoir correspondant. Par exemple : j’ai le droit de prendre les transports en communs donc j’ai le devoir de payer mon billet et de respecter le matériel ; j’ai le droit de voter donc le devoir de respecter la loi ; j’ai le droit de m’exprimer donc le devoir de respecter les limites légales pour ne pas diffamer…

Seule la loi juridique permet de faire comprendre la réciprocité des droits et devoirs.
La loi pose des barrières de protection qui rendent possibles une autorisation. La loi est un compromis sans cesse remis en question pour respecter l’équilibre entre l’intérêt particulier et l’intérêt général, car le groupe doit être protégé de la faiblesse possible de l’individu. KANT explique la nécessité de la loi car personne n’est moralement parfait.

Mais la loi a ses limites : elle est seulement coercitive si elle ne s’accompagne pas d’éducation civique.
La loi sur la parité est la reconnaissance d’un échec éducatif, les relations de pouvoir au sein des couples conditionnant les relations sociales. La politique des quotas fonctionne aux USA car elle concerne des communautés fermées, existant côte à côte sans essai d’intégration. Mais le quota de femmes est un non-sens puisque hommes et femmes ne sont pas des communautés séparées. C’est un essai boiteux de lutte contre la misogynie.
La loi Veil est aussi un échec car elle prévoit la clause de conscience à la place de sanction donc elle n’est pas respectée.
Les relations entre professeurs et parents d’élèves aboutissent de plus en plus souvent à des procès juridiques. En conséquence, l’administration durcit les normes, surtout pour rester couverte par les assurances.

La laïcité, hier et aujourd’hui
Un bref historique montre que la laïcité de l’école est LA grande innovation des républicains sous la 3ième république, plus que la gratuité et l’obligation de scolarité qui étaient déjà en cours :
- En 1849, QUINET, père fondateur de la laïcité, parle déjà d’enseignement démocratique et populaire.
Vers 1871 d’après Le Littré, un article du journal ‘La Patrie’ crée le néologisme " laïcité "
- En 1880 BUISSON, directeur de l’enseignement primaire et agrégé de philo, explique que laïcité vient de loi avec pour étymologie laos (=peuple, en grec) et désigne ceux qui ne sont pas clercs, qui n’appartiennent pas à la hiérarchie du clergé.
- En 1882, l’instruction morale et civique remplace l’instruction religieuse. Les manuels d’éducation civique sont refusés par l’église. Les locaux sont laïcisés, les crucifix arrachés.
- En 1886, le personnel doit être laïcisé, mais l’évolution est très lente.
- En 1904, la loi anti-congrégation interdit aux associations religieuses d’enseigner dans des locaux laïques. BUISSON écrit " on peut douter de la capacité à enseigner d’individus ayant fait le sacrifice de leur liberté ".
- En 1905, la loi de séparation de l’église et de l’état met fin au contrôle religieux des générations montantes.

La laïcité avait pour caractéristique la neutralité, qui a mué en impartialité modérée religieuse puis politique.
La neutralité de la laïcité traduit l’exigence de ne pas prendre parti, la tolérance des choix de l’autre. Chacun a le droit de croire ce qu’il veut dans le privé, mais a le devoir de laisser ses opinions à la porte de l’école. Cette neutralité protège l’enseignant des abus de pouvoir : BUISSON proclame "le maire à la mairie, le curé à l’église et le maître à l’école" en opposition à l’étroite surveillance exercée sur l’instit, quand il ne s’agit pas de contrainte. Jules FERRY préférait l’appellation "école neutre" plutôt que "école laïque".Cette neutralité n’entraîne pas l’indifférence : Buisson insiste sur le fait que l’enseignant doit défendre la morale du devoir et de l’altruisme contre la morale du plaisir. Jusqu’en 1921, la morale laïque propose dans l’ordre ces 3 devoirs : envers soi-même, envers autrui, envers Dieu ! Buisson défend l’idéal religieux non confessionnel, sans dogme et sans prêtre, en appui sur le sentiment intérieur, sur les capacités intuitives de l’enfant afin que la morale ne se réduise pas à un ensemble de civilités puériles et honnêtes.
La notion de neutralité fait place à la notion d’impartialité, qui permet la liberté de pensée, l’objectivité. Elle concrétise l’évolution anti-religieuse de la laïcité car les dogmes religieux étouffent La Science. En 1908 la création de syndicats, entre autres la puissante Ligue de l’enseignement, étend l’impartialité religieuse à l’impartialité politique.

L’affaire du foulard relance le débat :
La laïcité impose de laisser les particularités à la porte de l’école : la laïcité doit être tolérante pour permettre l’intégration des minorités.
Le Conseil d’état laisse le choix à chaque école : le grand service public unifié, cher à Mitterrand, est un échec.
La laïcité aujourd’hui est commentée dans les textes ci-joints extraits du colloque du Club "Droit et démocratie"
Dans le texte 11, la laïcité "laisse à chaque individu la liberté d’adhérer à une église ou de s’en détacher sans que ceci influe sur sa vie professionnelle et publique, … l’idéal laïque laisse l’esprit humain constamment en question, avide d’avancer dans sa recherche entre différentes vérités exprimées… l’idéal laïque apparaît comme un comportement individuel fait de tolérance active. … La laïcité est la garantie juridique de la liberté de conscience de chacun."
Dans le texte 12, "L’acceptation à l’école des signes distinctifs d’un engagement religieux ou idéologique pose problème. … Le foulard islamique, certes, est le signe d’une mise en tutelle de la femme, mais l’école laïque constitue précisément la seule chance réelle d’émancipation pour les adolescentes qui se le voient imposer. Il faut que les foulards tombent, mais qu’elle serait la victoire de l’école si elle obligeait à retirer le fichu à la grille sans parvenir à faire comprendre aux esprits le bien-fondé de son message ?"

Idées pour améliorer les relations entre élèves ainsi que les relations entre professeurs et élèves
La pédagogie institutionnelle devrait permettre à chaque individu de trouver sa place dans le groupe. Des classes spéciales accueillent les enfants en difficulté : si ce n’est l’enfant qui est inadapté, c’est donc l’école ! L’école de la Neuville prend en charge des élèves de 5 à 18 ans, groupés en classes de 20 élèves. Le lycée de Vanves est autogéré selon ces principes pédagogiques. De nombreuses médiations sont proposées dont 3 sont déjà réalisées ou facilement réalisables au Lycée Mansart :
=> boite à idées pour les communications entre élèves et adultes, présente mais peu utilisée à Mansart,
=> tableau d’affichage collectif pour les communications entre élèves, présent mais peu utilisé à Mansart,
=> cahier de râlage particulièrement intéressant car la personne qui y écrit est obligé de signer et de justifier son accusation lors de la séance de lecture collective, avec droit de réponse pour l’accusé et décision collective de sanction pour l’un ou l’autre, la pire étant interdiction d’écrire dans le cahier en cas d’accusation abusive ! Ce cahier pourrait facilement être concrétisé à la fin du cahier de texte de classe, puis lu et jugé en heure de vie de classe !

La communication nécessite l’émission d’un message, reçu et compris par son destinataire qui y répond.
L’éducation morale ne peut se faire sous forme de cours, le message émis serait peut-être reçu mais mal compris. Le message sera par contre assimilé s’il est construit progressivement par les élèves eux-mêmes au cours de débats favorisant la communication orale, d’ateliers d’écriture permettant aux élèves d’écrire " à la manière de ".
Voici quelques points de départ possibles :
=> Le débat démocratique permet de créer des conflits formateurs, alors que le consensus, le politiquement correct oblige à enterrer les problèmes et bloque l’évolution morale. La réciprocité des droits et devoirs est illustrée par DEBRE dans " la république expliquée à ma fille ". Attention à ne pas prendre pour sujet de réflexion " les droits des enfants " car ceux-ci étant mineurs donc dépourvus de responsabilité, n’ont que des droits et pas de devoir.
=> Le dilemme moral doit présenter un choix impossible, un conflit de devoirs. Ce n’est pas la réponse qui compte, mais l’argumentation. Le psychologue KOHLBERG pense comme PIAGET, qu’il existe des étapes caractéristiques dans l’élaboration du jugement moral, chaque stade se construit sur le précédent selon une loi de maruration cognitive. Il retient 6 stades semblables à ceux de Piaget, bien qu’évalués comme acquis plus tardivement. (Liste jointe des stades moraux)
=> L’émission "arrêt sur image" permet d’étudier l’impact, la manipulation possible, du journal télévisé.
=> " La ferme des animaux " prétend que tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres !
=> " Mes pensées " de MUSSET portent en germe toute la citoyenneté.

Bibliographie facile à consulter car déjà présente au CDI du Lycée :
Auteurs, Titres Éditions
Numéro spécial : " civisme " Monde de l’éducation, 12/97
Numéro spécial : " autorité " Monde de l’éducation, 05/98
Numéro spécial : " responsabilité " Monde de l’éducation, 02/99
Numéro spécial : " religion et sectes " Monde de l’éducation, 05/99
BADIE et BIRNBAUM : Dictionnaire de la science politique, des institutions politiques COLIN, col ‘cursus’ 98
AUDIGIER, Numéro spécial " éducation à la citoyenneté " Revue EDUCATION, 09/98
AUDIGIER, La parité Monde diplomatique, 12/99

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Lycée Jules-Hardouin Mansart de Saint Cyr L’Ecole (académie de Versailles)
Directeur de publication : Christine Joureau