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Notions de citoyenneté et de démocratie

jeudi 20 juillet 2000 par Joëlle Mirabaud

La citoyenneté est la qualité de citoyen.
Historiquement, le citoyen est celui qui possède le droit de vivre dans la cité, le devoir de contribuer à sa croissance, la possibilité de participer aux décisions engageant cette cité. Actuellement, Le citoyen est le ressortissant d’un pays qui y jouit de droits et devoirs civiques. Nous voilà bien avancé !
Le piège à éviter est de confondre " citoyenneté " avec " comportement social normal ". C’est prendre l’élève pour un idiot que de lui parler de ses devoirs de citoyen pour obtenir qu’il enlève ses pieds de la table ou qu’il réponde poliment.
La démocratie est un système de gouvernement où le peuple régit l’état directement ou par l’intermédiaire de représentants. Dans l’antiquité grecque, le pouvoir appartenait à la communauté des hommes libres à Athènes. La démocratie politique s’est souvent résumée à l’accession du plus grand nombre au droit de vote. Elle tend de nos jours à s’élargir en démocratie sociale qui valorise l’ensemble des droits de l’homme au sein des sociétés.

Les droits et devoirs civiques liés au respect de la démocratie.
Les valeurs démocratiques ne peuvent être comprises qu’à travers un travail de fond de réflexion morale. Ce projet éducatif s’intègre le 28 mars 1882 à l’enseignement primaire.Le devoir de base du citoyen est de privilégier l’intérêt commun par rapport à l’intérêt personnel, ce qui revient à respecter la Loi. Être citoyen, c’est être actif au sein d’un groupe, capable de se réaliser en respectant l’intérêt collectif.
Cette éducation morale et civique a connu son âge d’or sous la Troisième république. Elle prônait entre autre l’obéissance, ce qui a conduit un grand nombre de jeunes à se transformer en chair à canon en 14-18 ! Le programme a alors subi un net ralentissement puis un coup d’arrêt en mai 68.
De 1968 à 1980, dans une société de plein emploi, l’intégration sociale et politique ne passait plus nécessairement par la morale et l’instruction civique, puisque être citoyen, c’était être producteur et consommateur !
Les familles socialement privilégiées sont un bon modèle pour leurs enfants. Pour les autres, il reste le respect, l’obéissance ! Le retour de l’Éducation Civique Juridique et Sociale est une conséquence des problèmes d’exclusion liée au chômage. L’E.C.J.S. veut transmettre un cadre de référence au jeune, car il ne peut construire dans le vide, ni inventer des règles, mais il peut avoir l’illusion de ce pouvoir si parents et enseignants ont eu peur de limiter son autonomie en imposant leur opinion !

La notion de devoir doit être réactualisée. Datant de la Troisième république elle paraît démodée et laisse place aux droits seuls. Beaucoup d’ados s’enferment dans une "réalité imaginaire" vivant comme s’ils étaient très jeunes : seuls au monde, ne sachant différer leur plaisir, ayant des droits mais pas de devoir ! Ce nouveau comportement peut être dû à la sacralisation de l’enfant roi sévissant chez certains parents et même dans la formation actuelle des professeurs des écoles, ce qui les oblige soit à changer du tout au tout lors de la prise en charge de leur premier enfant ou première classe, soit à tout partager à égalité en fonction du nombre mais pas du degré de responsabilité. Ce comportement peut aussi être du à la société de consommation poussant à jouir de tout immédiatement, si nécessaire à crédit, exacerbant l’individualisme par l’illusion de la liberté en abolissant les limites spatio-temporelles (surf sur Internet, pub pour le portable…)

La notion de responsabilité n’existe que vis à vis des autres. L’assistanat social infantilise les parents, les empêchant d’être responsable de leurs enfants. La disparition de cette différence entre parents et enfants, supprimant les garde-fous, pousse de nombreux enfants de parents assistés vers la délinquance. De même les assurances déresponsabilisent les parents en supprimant bon nombre de conséquences. En Belgique, l’enseignement de la morale laïque, obligatoire de 6 à 18 ans depuis 1952, coexiste avec une morale religieuse ( de la religion de son choix), et conduit à l’acquisition de 12 valeurs calquées sur le modèle français de Jaurès (abandonné en France par peur du socialisme), inculquées à partir de débats sur des dilemmes moraux présentés à l’aide de cassettes vidéo. Claudine LALEUX nous en parle dans son livre " Repenser l’éducation civique " aux éditions du cerf, 1997.

Actuellement, notre société se stabilise dans l’acceptation des inégalités et des injustices. Les pouvoirs publics encouragent les actions caritatives (restau du cœur, compagnon de l’abbé Pierre) ce qui stabilise l’altruisme des jeunes tout en évitant qu’ils se posent les vraies questions. Or si la charité permet une action d’urgence, elle ne doit pas être confondue avec la solidarité qui seule est efficace à long terme. Le mot caritatif est même repris dans les textes d’éducation civique en primaire. La solidarité est en régression par rapport au 19ième siècle, par peur du socialisme.
Léon Bourgeois précisait dans " Solidarité " en 1896 que le mouvement politique doit être accompagné d’une éducation sociale : la conscience solidaire fait disparaître les inégalités. Ce mouvement a vécu moins de 10 ans, de 1893 à 1899, puis a donné naissance au socialisme. En 1905, Jules Payot dénonçait dans " l’éducation à la volonté " la charité comme une maladie de la société qui maintient les déshérités à leur bas niveau d’assistés. Payot pouvait se permettre de l’écrire car il croyait que le progrès permettrait la solidarité sociale.
L’éducation au groupe est un principe moral en opposition à celui de la liberté individuelle, aussi la solidarité a-t-elle disparu du vocabulaire de droite. La prise de conscience de l’attitude hypocrite des hommes politiques n’entraîne plus d’engagement social. On se contente souvent de se faire plaisir en donnant, alors que la solidarité permet la progression du groupe tout en étant gratifiante pour soi. Médecins Sans Frontière, Amnistie internationale, associassions de solidarité, négocient avec les autorités, réalisent des programmes d’éducation ou de construction conduisant le PVD à l’autonomie.

L’aspect pédagogique de ces notions :
Le pouvoir et sa légitimité : Notre formation universitaire puis les conseils des IPR, créent un rapport au savoir particulier, qui peut être ressenti comme " un bonheur et un honneur, lié au respect des détenteurs du savoir ". Cet état d’esprit n’existe pas pour les élèves actuels de Lycée comme le montre leur attitude. Le métier d’enseignant entraîne alors une série de petites actions de modelage progressif, qui se heurte à la résistance passive ou passionnée de notre auditoire.
Le professeur doit s’adapter à sa classe pour la faire progresser. Alors les relations enseignants / élèves peuvent être plus ou moins démocratiques, avec un degré variable de liberté de parole, évaluation sommative ou formative, rapport de force. Nos actes doivent cependant rester en équilibre entre les pôles extrêmes de la démagogie et de l’autocratie.

Notre rôle éducatif :
Les programmes sont restés stables de 1880 à 1940. Traditionnellement le secondaire était voué aux humanités, en priorité au savoir qui doit être secondairement source d’éducation. Au contraire le primaire a pour tache d’éduquer avant d’instruire. Actuellement nous avons des problèmes pédagogiques, nos classes étant hétérogènes car :
- La réforme de la Sixième unique est peu efficace, aucune réforme de programme d’éducation ne l’ayant accompagné. La majorité des professeurs des écoles ont une absence complète de formation sur ce sujet.
- Les problèmes du collège sont passés au Lycée puisque 80% de la classe d’âge est sensé avoir son Bac. Peut-être le chômage pousse-t-il à garder les élèves au chaud !
- Les élèves convaincus que " la fin justifie les moyens " vont tricher pour avoir une bonne note.
- Nous ne pouvons influer sur les 2 premiers points, aussi sommes-nous sensés éduquer ces "chers petits" sans support adapté et sans avoir été formé pour.

Les moyens pédagogiques :
- Privilégier le goût de l’effort peut lutter contre la désinvolture actuelle devant le travail à faire qui maintient la façade de la facilité chère aux élèves.
- Apprendre aux jeunes à sublimer leurs problèmes dans l’art ou le savoir, leur permettrait de développer leur capacité à comprendre le Monde, donc d’y trouver leur place.
- Mener un projet d’action éducative sur le devoir ou la responsabilité peut fournir au jeune le cadre de référence qui lui manque si l’adulte qui l’a engendré ou ses enseignants précédents ne lui ont pas transmis les traditions structurant son monde, nécessaires à son intégration.
- Former les élèves au travail de groupe est une amorce de vie sociale, ce qui ne peut se faire que si nous en donnons l’exemple avec des projets pluridisciplinaires or notre formation très individualiste fait souvent opposition. Une autre difficulté est d’équilibrer l’autonomie de l’élève avec son hétéronomie (liberté / obéissance aux règles). De plus la communication indispensable à la coopération reste difficile entre les membres du groupe, or en France on veut nous apprendre à communiquer en nous convoquant à assister à une conférence sur la communication !


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Directeur de publication : Christine Joureau