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Les sorcières de Salem dans l’art et la littérature

mercredi 10 août 2011 par Joëlle Mirabaud

TPE de Gaëlle HENNET, Elodie KANIUK et Lauriane LAURENT, élèves de Terminale littéraire en 2003/2004

Sommaire
Introduction
Les procès de Salem (contexte, histoire, causes de l’hystérie)
Les sorcières ont inspiré l’art et la littérature
Conclusion
Références documentaires, bibliographies des auteurs et artistes cités

Introduction
A mesure que l’Europe s’achemine vers le siècle des Lumières, la contestation des esprits éclairés gagne du terrain. On chasse moins les sorcières et les bûchers disparaissent au début du XVIIIe siècle.
C’est alors que la Nouvelle Angleterre prend le relais : les premiers cas de possession sont découverts à Salem en 1692. Des fillettes et des femmes du village de Salem présentent des signes de démence et dénoncent trois prétendues sorcières. L’affaire aboutit au célèbre procès. Le plus étonnant est la réaction exacerbée de la communauté, donnant à cette chasse aux sorcières son ampleur démesurée.
Comment la communauté de Salem a-t-elle pu laisser cette tragédie se produire ?
Était-ce simplement par crainte et superstition ou y avait-il d’autres facteurs au travail ?
Telles sont les questions auxquelles un grand nombre d’historiens ont tenté de répondre.
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Que ce soit dans l’Art ou la Littérature, le thème des sorcières de Salem a donné naissance à de nombreuses œuvres. Aujourd’hui, soit plus de trois siècles plus tard, le procès de Salem fascine toujours et reste parmi les plus mémorables affaires de sorcellerie.

I : Les procès de Salem

A-Le contexte : Salem en 1692
"Fille aînée du Massachusetts", Salem a été fondée en 1629 par un groupe de marchands et de pécheurs qui commerçaient avec l’Angleterre. La ville bénéficie alors d’une charte qui lui donne une grande indépendance, contrairement aux autres colonies anglaises.

L’’inquiétude monte à cause de l’insécurité :
- Insécurité physique : l’été 1690 éclatent des guerres indiennes qui créent d’horribles massacres.
- Insécurité politique : le Massachusetts perd sa charte et ne dispose d’aucun gouverneur à cause de l’instabilité en Angleterre (Jacques II, un catholique, monte sur le trône en 1685 puis laisse place à Guillaume d’orange III et Marie). Avant que le nouveau gouverneur William PHIPS n’arrive, les prisons sont déjà remplies de présumées sorcières.
- Insécurité métaphysique enfin : durant cette période, les pasteurs se livrent à une prédiction millénariste fondée sur l’Apocalypse de Jean, dans l’attente du dernier jour. Ils troublent angoissent la population qui aurait plutôt besoin d’être rassurée.

Par ailleurs, Salem doit relever des défis quotidiens. Le travail de la ferme est éreintant à cause du climat rigoureux et du terrain rocheux. Les familles se soutenaient, faisant leurs propres vêtements, s’échangeant légumes et bétail. Non seulement une sécheresse puis une inondation ruinaient une récolte, mais de plus une épidémie de variole exterminait des familles entières.
Dans ce contexte où les gens ont vu le Diable derrière chaque malheur, les premiers cas de possession ont été compris comme une attaque de Satan contre les élus de Dieu. L’hystérie collective a été aggravée par le puritanisme, la croyance dans la sorcellerie, les divisions dans le village et même l’absence de divertissement pour les enfants !

Puritanisme et sorcellerie : Au XVIIe siècle, l’église était la pierre angulaire de la vie en Nouvelle Angleterre. La plupart des habitants du Massachusetts étaient puritains : protestants parmi les plus rigides, sectes d’inspiration calviniste ayant vu le jour en Angleterre et Écosse dés 1555, ils désiraient épurer leur église en éliminant chaque lambeau d’influence catholique. Beaucoup ont émigré en Amérique pour fonder la "Société des saints", société égalitaire avec sa magistrature et son église indépendante. Nombre d’immigrants étaient cultivés : pasteurs diplômés de Cambridge et membres de la petite noblesse.
Dans ces communautés, les autorités étaient les chefs religieux qui ont imposé le code rigide puritain. Dieu est centre de l’univers, l’homme est né corrompu. Plus de saint ni de Marie, intercédant avec douceur et mansuétude pour les hommes auprès du Tout Puissant. Quant au chemin menant au ciel, il est singulièrement rétréci par la doctrine de prédestination. La peur de l’enfer est devenue obsédante et la vie désespérante car le code moral rigide sert à racheter leur condition de pêcheur. Cette folie de pureté était apparue au XVe siècle, le mal étant partout et touchant particulièrement les femmes, celles-ci devaient être confinées à la maison et couvertes : décolletés, bras, chevilles et cheveux nus risquant de tenter les hommes !
Il ne suffit plus d’avoir été baptisé pour gagner le ciel, comme au Moyen Âge. La Gueule de l’Enfer guette le mortel. Les pasteurs rappellent souvent le passage des écritures où il est affirméqu’il y aura beaucoup d’appelés et peu d’élus. La peur est profonde : peur du Diable, de Dieu , de l’autre, de soi, du mal en soi...
Les puritains concidéraient la Bible comme la seule référence où tout ce que Dieu attend de nous est inscrit. Tous les péchés, du sommeil à l’église au vol étaient suceptibles d’être sanctionés, donc un malheur, enfant malade ou mauvaise récolte, était veangence de Dieu.
A l’église, dans ce lieu sacré, se faisait l’enseignement religieux : les citations de la Bible y étaient suivies mot pour mot, et le passage de l’exode 22/7 "tu ne laissera pas vivre la magicienne" justifiait la violence envers les femmes bannies socialement, comme Tituba esclave noire, Sarah GOOD mendiante sans foyer ou Sarah OSBORNE qui avait épousée son domestique.

Les divisions économiques et sociales :
En 1692, Salem est séparée en Salem-ville aux confortables maisons en briques appartenant à de riches négociants ainsi qu’une belle église et en Salem-village à 3 heures de marche, constitué de pauvres fermes dont le prix de production était imposé par la ville et qui a du attendre 1674 pour obtenir sa propre église.
Il existait une autre division au sein du village : ceux qui logeaient près de Salem-ville étaient riches forgerons, aubergistes ou charpentiers ; alors que les fermiers proprement dits, puritains vieux style, se méfiaient de ceux qui devenaient opulants donc s’intéressaient moins à la Bible. Les Putnams , fermiers dénonceant les dangers du bouleversement économique, joueront un rôle prépondérant en accusant de sorcèlerie les villageois oppulants.
Les tensions se sont aggravées quand le village a choisi le révérend Samuel PARRIS (puritain convaincu conscidérant que la réussite économique était oeuvre du Diable) comme nouveau ministre. Ses sermons passionnés basés sur le livre "Providences mémorables concernant sorceleries et possession" du pasteur puritain de Boston Coton MATHER, ont attisé les flammes de l’hystérie.

Les enfants puritains : Ils devaient respecter le code strict des adultes : corvées à réaliser, offices à suivre, déviances à dénoncer. Plutôt que Sunday trop païen, le septième jour était appelé Sabbat et comprenait un culte matin et après midi donc permettait une formidable culture biblique.
Le corps, le sexe et tout ce qui relève de la nature est devenu haïssable. Étaient aussi condamnés distractions et plaisirs donc bals, bains publics, théâtre, romans, paris...
Néanmoins les puritains mettent l’accent sur le bonheur en famille, première cellule de la société. Un mariage malheur n’apporte que des déboires dans le domaine privé comme dans la communauté. Aussi défendent-ils les mariages d’amour et m^me le "bonheur au lit". Cependant, ils élèvent leurs enfants dans la crainte de Dieu et du péché. Toute émotion, crainte, colère, excitation est sévèrement punie.
Les enfants ont peu de moyens de se divertir car les jouets sont rares. Les jeunes filles n’avaient droit à aucune sortie, devant aider leur mère à coudre, laver, cuisiner, avant de diriger leur propre foyer. Les jeunes garçons avaient plus l’occasion de "s’aérer l’esprit" en étant apprenti ou en pratiquant la chasse, la pêche. Ceux qui apprenaient à lire ne disposaient que de la Bible ou d’ouvrages religieux puritains.
Tel était le monde d’Abigail WILLIAMS ou de Betty PARRIS au cours du long et monotone hiver 1692.

B-L’histoire des sorcières de Salem
Celles qu’on a appelé les "sorcières de Salem" furent des "martyrs de l’erreur"comme les juges et les boureaux le reconnurent tardivement, ou martyrs de la la bêtise humaine ! Jusqu’au XVIe siècle, les procès de sorcières n’étaient pas rares.

L’histoire : Tout commença avec l’arrivé du révérend Samuel PARRIS, accompagné de sa femme, sa nièce Abigaïl, sa fille Elizabeth et son couple de serviteurs John et Tituba INDIAN. Abigaïl et Elizabeth adoraient la compagnie de Tituba et passaient de longues heures à écouter la servante raconter des histoires de son peuple, fredonner les chants de son île, faire des tours de magie ou leur prédire l’avenir à l’aide de blanc œuf ou de boule de cristal. Ces jeunes filles étaient captivées par les histoires magiques de Tituba et les jeux auxquels elle les initiait.
Aigaïl et Élisabeth invitèrent les autre filles du village.
En voyant flotter dans leur verre un spectre en forme de cercueil, les fillettes pensèrent sombrer dans la damnation, elles eurent des crises de larmes et ne pouvaient plus prier, répondant aux remontrances paternelles par des cris d’animaux, puis par des crises de convulsion ou de paralysie.
Les autre fillettes de Salem eurent simultanément des symptômes semblables. Contraintes, elles dénoncèrent Tituba, Sarah GOOD et Sarah OSBORNE qui furent arrêtées le 29 février.

Le procès : Les magistrats John HATHORNE et Jonathan CORWIN ont examiné les 3 accusées. Tituba avouait pratiquer la sorcellerie. Les villageois témoignaient avoir subi des actes de sorcellerie ou vu des apparitions, accusant les femmes dont la réussite économique ou la liberté de mœurs indisposait.
- 12mars au 3avril : ont été accusées de sorcellerie Martha COREY, Rébecca NURSE, Élisabeth PROCTOR, Sarah CLOYCE.
- 11avril : Élisabeth et Sarah ont été "examinées", John PROCTOR accusé et emprisonné.
- 19avril : Abigaïl HOBBS, Bridget BISHOP, Gilles COREY et Mary WARREN ont été "examinées", seule Abigaïl a avoué.
- 22avril : 9 personnes du village ont été examinées, une seule innocentée.
- 2mai : 4 autres femmes ont été "examinées", un homme a été arrêté.
- 10mai : Un grand-père et sa petite fille sont "examinés". Sarah OSBORNE meurt en prison.
- 27mai : le gouverneur PHIPS établit un tribunal spécial de 7 magistrats ayant pris en compte les aveux directs, actes surnaturels attribués, réactions des filles affligées, présence de spectres...
- 2juin : Bridget BISHOP fut la première condamnée à mort pour sorcellerie, pendue le 10juin.
- 29-30juin : Rébecca NURSE, Susannah MARTIN, Sarah WIDES, Sarah GOOD et Élisabeth HOWE furent condamnées et pendues le 19juillet.
- 19août : Georges JACOBS, Martha CARRIER, George BURROUGHS, John PROCTOR, John WILLARD ont été condamné et pendus sur Gallows Hill.
- Septembre : 13 femmes et 2 hommes ont été condamnés puis pendus.
Au total, 67 personnes ont été dénoncées par les 2 jeunes filles, dont une trentaine a été pendu !

Ce que signifie "examiner" : une sorcière était censée être identifiable à une marque corporelle en forme de téton. Elles étaient donc dénudées et rasées pour que chaque parcelle de peau puisse être examinée. Lorsque l’inquisiteur ne trouvait pas de grain de beauté ou de tache de naissance appropriée, il décidait que la marque en question était invisible. Selon le "Malleus Maleficarum", si l’on plantait une épingle ou un couteau dans la marque sans provoquer saignement ni douleur, alors l’accusée était bien une sorcière. C’est pourquoi les Inquisiteurs se servaient d’instruments à lame rétractable !
On utilisait parfois une balance géante pour juger une "sorcière" : si l’accusée était plus lourde que le poids posé sur l’autre plateau, elle était coupable, même si le contrepoids était ridiculement léger, comme une Bible !
Une autre méthode consistait à attacher une femme nuedans un cachot putride et à guetter une éventuelle visite d’un "familier", démon sous forme animale. Les cellules de l’époque étant infestées de rats, les inquisiteurs attendaient rarement en vain. Les sorcières étaient alors brûlées sur le bûcher, parfois étranglées avant que le feu ne soit allumé.

La fin de la chasse aux sorcières : la population commençait à douter de la véracité des dires des deux jeunes filles, surtout quand celles-ci dénoncèrent les juges considérés comme protégés par Dieu lui-même. La ville décida alors de suspendre le tribunal et de chercher des preuves avant de condamner les gens à mort.
Le 8 octobre, Thomas BRATTLE écrit une critique de ces procès qui impressionna le gouverneur PHIPS et le poussa à interdire "l’évidence intangible des spectres" en cours de procès puis , le 29octobre à clore le tribunal.
Un tribunal supérieur entendit les personnes encore accusées, mais personne d’autre ne fut condamné.
Cependant des centaines de personnes furent mutilées sous la question.

C-Les causes de l’hystérie proposées :
On sait maintenant avec certitude que la sorcière diabolique ne fut pas une figure du Moyen - Âge mais plutôt de la Renaissance et du début des temps modernes. On l’a surtout chassée et tuée en masse entre 1560 et 1650, au moment où les idées de tolérance et de rationalité commençaient à poindre en Europe. Elle fut une victime des Modernes et non des Anciens.
Pourquoi y avait-il plus de sorcières que de sorciers ? Et quelle folie saisit l’Occident alors que les sorcières ont toujours existé ?

La mysoginie rendue populaire par l’imprimerie : Pour le comprendre, il faut tout d’abord distinguer la sorcellerie simple (de premier type) et la sorcellerie diabolique (de second type).
La première, pratiquée par les hommes aussi bien que par les femmes, est de tous les cieux et de toutes les époques y compris la nôtre. C’est celle qui consiste à lever ou jeter des sorts, prédire l’avenir, concocter des philtres, chercher le contact avec les morts...
Puis à l’aube du premier millénaire, s’invente la sorcellerie de second type (femme volant sur des balais, pratiquant des sabbats avec copulations bestiales ou meurtres d’enfants) que rend seule possible la croyance en Satan et en ses pouvoirs. Or cette croyance ne se forma que très lentement. Les nombreux textes émis par Rome témoignent que pendant longtemps, l’Église ne vit là que superstitions : Satan n’était qu’un des anges déchus, il n’avait qu’un pouvoir d’illusionniste et ses prétendus adeptes étaient victimes de leur imagination. Ainsi les massacres de sorcières, après l’an 1000, se confondent avec la répression des hérésies (manichéens, vaudous, Juifs), la criminalisation des conduites atypiques (homosexuels, errants), la condamnation des malades (lépreux, pestiférés) et les règlements de compte politiques (Cathares, Templiers).
Puis les divers démons qui peuplaient les imaginaires anciens se réduisent à un seul : Satan, maître absolu de l’Enfer et rival de Dieu sur Terre. La thèse se dessine alors : le Diable veut la ruine de Dieu, ruine mise en œuvre par ses agents (les sorcières) qu’il convient d’exterminer.
La réelle transformation va s’effectuer vers le milieu du XIVème siècle. A cette période, que ce soit dans les discours des clercs, dans les livres ou dans l’art, le souverain des enfers amorce une métamorphose radicale. Le Diable nouveau est apparu, surhumain et bestial. Non seulement il est terriblement puissant mais il est également en mesure de se cacher dans les âmes, dans les corps, partout. La bête immonde peut se tapir en chacun, et surtout chez les femmes : il importe de la débusquer. Un portrait-robot de la sorcière est mis au point dans les années 1400-1450 à partir de stéréotypes empruntés tant à la misogynie traditionnelle (vieille, édentée, bossue, méchante) qu’à d’autres modèles de persécutés (nez crochu, adepte de meurtres rituels).
Tout d’abord, la vision de la femme qu’ont diffusé les clercs est connue pour son extrême misogynie : pour ces forcenés du célibat, la femme, descendante d’Eve la pécheresse, celle par qui le mal leur arrive, est non seulement inférieure à l’homme, mais aussi sotte, lascive, traîtresse, dangereuse, répugnante.
Ensuite, la Nature féminine en lui donnant le pouvoir d’enfanter selon des modalités physiques encore mal connues à l’époque, lui conférait une puissance mystérieuse. Cette fonction lui permettait aussi, en formant avec Satan un couple maudit, de transmettre ses pouvoirs maléfiques. On sait que les rites de type sexuel étaient souvent suspectés dans les activités des sorcières. Les femmes pouvaient plus facilement être suspectées d’avoir donné la mort, ayant un rôle social lié à la maladie (veillée des malades, accouchements, soins aux bébés) et à la préparation de la nourriture et des remèdes. L’âge des victimes s’explique également en partie par le portrait-robot diffusé par les démonologues ainsi que par les diverses représentations iconographiques de la sorcière diffusée par l’imprimerie. Un témoin de l’époque, cité par Candace SAVAGE, déplore que "chaque femme ayant un visage ridé, un front plissé, une lèvre poilue, une horrible dent proéminente et jaunâtre, un œil torve, une voix aiguë ou une langue de vipère... n’est pas seulement une suspecte, elle est une sorcière". D’où la formule "deformis ut saga" : laide comme une sorcière !
Ainsi, on peint de plus en plus des femmes à la laideur repoussante, aux corps difformes, au visage grimaçant, à la vieillesse dépeinte comme une déchéance, préfigurant la mort et la pourriture. D’après de récentes études historiques, notamment celle de Georges MINOIS, la relative prolifération des vieilles femmes est une des nouveautés du XVIème siècle. Jusque là, et depuis l’Antiquité, les femmes mourraient plus jeunes que les hommes et les vieillards mâles étaient de loin les plus nombreux. L’inverse se produit eu XVIIème siècle, au moins dans le milieu aristocratique où les conditions d’hygiène lors des accouchements s’améliorent. Ces femmes furent souvent des veuves, vivant hors du pouvoir patriarcal, donc à priori plus suspectes, plus seules et plus vulnérables. En milieu rurale les vieilles effrayaient d’autant plus qu’elles possédaient et transmettaient oralement la culture ancestrale, qu’elles soient guérisseuses ou devineresses.
On trouve également au nombre des accusées de nombreux enfants, ainsi que de très jeunes femmes, qui correspondaient à la deuxième face de l’archétype de la sorcière défini par les clercs, à savoir la séductrice, la tentatrice. Suspicion aggravée par le fait que ces jeunes femmes non encore mariées, étaient au même titre que les veuves libres de toute tutelle masculine.
Au contraire, la représentation de la vieillesse chez l’homme reste le plus souvent associée à la sagesse.
Même si le peuple tarde à prendre le Diable au sérieux, les premiers bûchers s’allument.

Deux phénomènes précipitent alors le déclenchement de l’épidémie : l’invention de l’imprimerie (1460) et le développement du milieu particulier des clercs. En quelques décennies, les "idées nouvelles" se propagent dans toute l’Europe jusque loin au nord et à l’est : les livres en latin franchissent aisément les frontières géographiques et linguistiques. Les premiers responsables de cette mobilisation sont bien entendu des religieux car il n’y a guère alors qu’eux qui manient la plume, mais ce sont plutôt des isolés qui font passer leur thèse "en force". Ainsi SPRENGER et KRAMER, les deux Dominicains auteurs du fameux "Marteau des sorcières" (Malleus Maleficarum) en 1486, publièrent en avant-propos de leur livre des extraits d’une bulle d’Innocent VIII pour couvrir de l’autorité de Rome la misogynie rnaladive qui leur était propre, alors que le Pape mettait en cause "un certain nombre de personnes de l’un et l’autre sexe". L’ouvrage fit autorité, à tel point que la tradition populaire se transforma en fait avéré et que la sorcellerie fut assimilée à l’adoration du Diable. Des milliers de femmes innocentes périrent sur le bûcher.
Le pouvoir politique et judiciaire ainsi que l’Église vont souvent s’unir pour éliminer ces croyances, restaurer l’unité de la Foi, rétablir la paix sociale et développer le pouvoir central.
Au cours du XVIème siècle, le relais de l’offensive est pris par les juges civiles, certes toujours nourris par l’Église, mais surtout imbus du nouveau pouvoir que leur confèrent les États modernes en formation. Ce sont eux qui interrogent, qui ordonnent la torture et les punitions, eux qui font rechercher sur le corps des femmes les marques diaboliques. Ce sont eux qui légalisent le "droit de tuer", eux qui rédigent les manuels de "démonologie", ces livres qui non seulement diffusent le portrait-robot, mais fournissent la liste des questions à poser et des réponses à obtenir...
Et cette science où brillent tout particulièrement les théoriciens français, se diffuse dans le peuple grâce aux "canards ", ces ancêtres des journaux (autres produits de l’imprimerie) qui rapportent en détail les grands procès ; de sorte que d’un bout à l’autre de l’Europe, on avoue sous la torture les mêmes fantasmagories.

Dès ce moment, l’association de la sorcière au démon est systématique. DE LANCRE pensait que Satan recrutait surtout "des esprits hébétés et un peu rustiques", aussi la défense des sorcières s’appuyait sur leur irresponsabilité.

La duperie : l’une des premières interprétations fut que les fillettes auraient menti pour se protéger des adultes qui auraient pu les punir de leurs actes de sorcellerie. Cette interprétation fut proposée par UPHAM qui alla jusqu’à affirmer que Tituba aurait décrit les symptômes aux 2 fillettes pour les aider à duper les villageois. On peut effectivement imaginer qu’elles éprouvaient un tel sentiment de crainte à transgresser les interdits qu’elles simulèrent des crises d’hystérie pour se dégager de toute responsabilité.
Par la suite, elles auraient pu vouloir garder notoriété et pouvoir auprès des villageois. Elles auraient pu aussi vouloir prolonger l’excitation de cette "distraction" dans leur univers puritain si rigide : les 2 jeunes filles auraient déclaré ultérieurement "s’être bien diverties" ! Toutefois, les descriptions de l’époques indiqueraient des talents très exceptionnels de comédie !
De plus, les accusées furent souvent plus pauvres que leurs accusateurs. A Salem, les accusées étaient servantes ou paysannes. Robert MUHEMBLED explique ce fait par la peur que ressentaient les privilégiés face à la possible révolte de ceux qui n’avaient pas grand chose à perdre. Peur accentuée par l’envie d’esquiver leur devoir de charité traditionnel. S’ils ne soustrayaient à ces obligations, un sentiment de culpabilité plus ou moins conscient pouvait se transformer en peur et en désir de se débarrasser des quémandeurs potentiels.

L’hystérie ( peur exacerbée) : la plus mauvaise période pour les sorciers fut de la deuxième moitié du XVIèrne siècle à la fin du XVIIèrne siècle.
Lors de cette période, la Chrétienté régnait en maître sur l’Europe. De plus, suite aux nombreux voyages transocéaniques et aux découvertes qui s’ensuivirent, les savants troublés par rapport à ce que l’Église affirme du monde, remettent en question son enseignement. L’essor du Luthéranisme et du Calvinisme ébranle les dogmes, l’unité et l’autorité ecclésiastiques.
Enfin, la guerre de Trente ans accompagnée de farines et d’épidémies de peste, réduisit la population à la terreur, d’où la recherche du réconfort soit dans d’autres cultes que celui de Dieu, soit dans la poursuite du bouc émissaire qui porte malheur.

A l’époque où la persécution s’est étendue : femmes et hommes se retrouvèrent à égalité face à l’horreur.
Tous les âges,. toutes les professions et classes sociales furent susceptibles d’être accusés. Personne de fût à l’abri d’une dénonciation. La folie avait pris tellement d’ampleur que les arrestations finirent par ressembler à des rafles aveugles.
Quelques professions semblent avoir attiré plus que d’autres les soupçons : bergers, bouchers, bûcherons, forgerons, traditionnellement proches de la nature donc supposés en connaître les secrets, et vivant au moins une grande partie de l’année éloignés de la communauté. Évidemment, les sages-femmes, les rebouteuses, détentrices de savoir traditionnel, à la croisée de la sorcellerie rurale et de l’herboristerie, mais aussi les médecins et les apothicaires, qu’il était facile d’accuser de la mort de leurs patients, firent partie des professions facilement accusables. Enfin, il y a aussi parmi les accusés, quelques prêtres de campagne dont certains pratiquaient dans le plus parfait syncrétisme. Si l’on observe ces derrières catégories de métiers. On peut noter qu’ils étaient tous liés à la vie ou à la mort : naissance, baptême, maladie, extrême-onction. Les gens qui les exerçaient avaient donc un très fort pouvoir dans la communauté. On avait sans doute besoin d’eux, mais on en avait aussi peur.
Il reste cependant un point essentiel commun à toutes les victimes, comme le fait remarquer l’historien Guy BECHTEL : quelque fût le lieu et l’époque, toutes ont été accusées par des proches, victimes de mauvaises relations familiales ou de voisinage. Il y eut peu de véritables marginaux parmi les victimes : il fallait faire partie d’une communauté pour que puisse s’installer la rancœur puis la rumeur permettant les règlements de compte.

L’hystérie (maladie) : Les avancées de la psychiatrie permirent à HANSEN de proposer l’interprétation suivante : l’horreur de la sorcellerie serait la cause directe des symptômes, manifestations de l’inconscient. L’hystérie est reconue comme une maladie réelle.

L’empoisonnement volontaire : Tituba aurait donné aux 2 fillettes des préparations à base de jimsonweed, plante toxique provenant des Antilles. L’absence de motivation rend cette proposition peu probable.

L’empoisonnement involontaire : l’ergot du seigle est une excroissance créée par un champignon parasite. Cet ergot peut être broyé avec le reste de l’épi donc joint à la farine qui sert à faire le pain. Ceux qui mangent ce pain peuvent présenter des spasmes musculaires, des hallucinations, des fourmillements, créés par l’acide lysergique sécrété par ce champignon. L’effet de cet ergot du seigle est connu en Europe sous le nom de "mal des ardents" ou "feu de St-Antoine", l’acide lysergique porte aussi le nom de L.S.D. !
Ce parasite se développe uniquement si le climat est chaud et humide, ce qui était le cas le printemps et l’été 1692 en Nouvelle Angleterre, comme le révèle le journal intime de Samuel SEWAIL habitant Salem. La présence de l’ergot a été relevé dans les champs frontaliers entre Salem-ville et Salem-village, la rivière fournissant l’humidité nécessaire à la croissance du champignon.
Six filles "possédées" sur huit auraient été contaminées, les PARRIS étaient domiciliés loin du champs mais leur pain était fourni par leurs cousins PUTMAN propriètaires du champs incriminé. De même le docteur GRIBBS, n’étant pas fermier, a pu consommer du pain issu de cette farine infectée.
Sarah CHURCHILL, domestique chez un fermier aisé près de la rivière Wooleston aurait pu être aussi infectée. Cependant son comportement était probablement un mensonge : elle ne fut impliquée qu’en mai et accusa son maître !

Les sorcières de Salem ont inspiré l’art et la littérature

Pièce de théâtre d’Arthur MILLER "The crucible" ou "La chasse aux sorcières"
La pièce de théâtre fut jouée en 1990 au National Theatre de Londres. Nous citons cette œuvre en premier car elle est très proche de la réalité du procès. Elle est surtout connue dans le grand public par le film qui en a été tiré.
Différences avec l’histoire réelle : Arthur MILLER a inséré une histoire d’amour entre la servante Abigaïl et son maître John PROCTOR, le reste du scénario en découle : Elisabeth surprend son père et chasse la servante. Pour ce venger, celle-ci se livre avec quelques fillettes de Salem à des pratiques de sorcellerie. Surprise, elle se prétend elle même victime de sorcières. La cour de justice envoie à la potence toutes les personnes dénoncées par les fillettes qu’Abigaïl tient en son pouvoir.
Voici les inexactitudes historiques de la pièce : La mère de Betty PARRIS ne mourra que 4 ans après les événements, Betty a fuit Salem avec la famille SEWAIL ; Abigaïl n’a que 11ans et n’est pas la nièce du révérend PARRIS ; la famille PARRIS a également 2 autres enfants Thomas et Susannah. John PROCTOR n’est pas fermier mais garde, il a un fils de 33ans, un autre de 17ans, une fille de 15ans, et chaque membre de la famille a été accusé. Les PUTMAN avaient 6 enfants et leur fille s’appelait Ann comme sa mère. Il y a huit juges et non trois. Rebecca Nurse, John Proctor et Martha Corey n’ont pas été pendus le même jour et enfin Giles Corey a été exécuté pour sorcellerie et non pour refus de dénonciation.Le film tiré de cette pièce reçut une nomination dans la catégorie du meilleur scénario pour les Academy Awards ! Il fut tourné en 1995 par Nicholas HYTNER, réalisateur américain connu pour le film "le dernier des mohicans", les images sont d’Andrew DUMN et la musique est dirigée par George FENTON. Ce film de Nicholas Hytner met en relief le caractère profondément puritain de la communauté de Salem. Bénéficiant d’un rythme soutenu, le film est superbement mis en valeur par le jeu des acteurs Daniel Day Lewis (John Proctor), Winona Ryder (Abigail Williams) Bruce Davidson (Révérend Parris), Paul Scofield (Juge Thomas Danforth)...
Le sénario : Une nuit, sous l’autorité dune femme noire, quelques jeunes filles se rassemblent secrètement dans une clairière autour d’une marmite bouillonnante. Elles dansent, entrent en transe, et certaines se déshabillent. L’une d’elles, Abigail Williams, se macule le visage de sang et maudit la femme d’un dénommé John Proctor. Celui-ci a eu une brève aventure avec Abigail mais, devant les soupçons de sa femme Elizabeth (Joan Allen), Il a rapidement rompu. Après l’épisode de la clairière, Abigail tente de reconquérir John, en vain. Alarmées par l’état de santé de deux des participantes de cette étrange réunion, les autorités locales font appel au Révérend Hale, qui obtient des aveux de sorcellerie de la part de la femme noire. Abigail et les autres participantes en profitent pour dénoncer d’autres femmes, entraînant une véritable hystérie collective. Le juge mène l’enquête et les têtes commencent à tomber. Pour se venger de John, Abigail accuse Elizabeth, ce qui oblige John à avouer qu’il a commis le péché d’adultère.

"La Lettre Ecarlate" roman de Nathaniel HAWTHORNE publiée en 1850
Le contexte : Parmi les faits historiques, datant de cette sombre période de la colonisation, il est répertorié l’anecdote d’ un homme qui, accusé de sorcellerie, à aucun moment ne consentit à avouer, à ses juges, sa culpablilité ni à proclamer son innocence. Il paraît qu’il résista, durant trois jours, aux tentatives de mise à mort du bourreau. Dans la lettre Ecarlate , après avoir décrit ses aieux, en rnettant en relief leurs traits de cruauté et de sévérité dans l’accomplissement des persécutions contre les quakers et les sorcières de Salem, Hawthorne se constitue victime expiatoire sur un ton des plus solennels et proclame qu’en tant qu’écrivain, il exorcise la lignée de la malédction prononcée contre elle jadis par la sorcière condamnée à périr sur le bucher : "je ne sais pas si mes ancêtres pensèrent à se repentir, et à demander le pardon des cieux pour Ieurs cruautés ; ou si maintenant ils ne sont pas entrain de gémir à cause de lourdes conséquences de celles-ci sous une autre fome d’existence. Dans tous les cas, moi le présent écrivain, en tant que représantant en ce lieu pour leur bien, je prend ma personne en honte et je prie pour que la malédiction prononcée à leur encontre telle que je l’ai entendue qui affligeait la lignée d’une condition ténébreuse et de décadence pour de longues années à venir et qui devait se prouver vraie puisse être lavée dès maintenant et à tout jamais"
Nathaniel se tiendra à l’opposé de toute position conforme à l’ordre établi. Il est dissident ; hérétique torturé, en quête d’une vérité naturelle. Il consoit les hommes comme des êtres déchus, voués à la souffrance, à la malade et à la mort. Par conséquent, ils ne peuvent pas, de par leur position, se tenir au centre de la création et fonder un ordre supérieur à celui instauré par les lois de la Naturre. Et c’est justement ce type d’argunent qu’il tient, par suggestion, dans la lettre Ecarlate. Ce roman fut écrit pendant le temps que HAWTHORNE passa à la douane, il présente la hauteur de son génie. "La lettre écarlate" a atteint un succès immédiat et durable, parce que cette œuvre a abordé des questions spirituelles et morales, d’un point de vue uniquement américain.
Dense par ses descriptions laconiques, ce roman continue à être lu comme un conte philosophique mettant en scène un thème universel "quand la société et ses lois condamnent, la Nature sourit et bénit".
HAWTHORNE était proche de cette sensibilité commune aux intellectuels refusant ce puritanisme qui verront en lui le père fondateur de la littérature nationale : littérature damnée de par sa prise de position à l’encontre de la Loi venant des hommes.L’intrigue du roman est loin de constituer le centre de l’ouvrage car un bon nombre d’éléments présents, dans le tissage même du récit suggèrent une thèse des plus intéressantes ; thèse qui soufflerait comme un courant souterrain. Un faisceau d’aspects d’une philosophie propre à Hawthorne, offre un niveau de la lecture plus énigmatique, de par ses suggestions, que 1a simple lecture de l’histoire. Ce courant souterrain s’organise au moyen d’images extraites d’un registre ésotérique. Images, qui par une mise en relation les unes avec les autres, organisent un discours extrêmement subversif. Il s’agit là, d’une particularité propre à l’écriture de Hawthorne, faisant en sorte que le contenu philosophique de chaque chapitre ne soit accessible qu’aux lecteurs initiés à un certain type de discours. Ce procédé expliquerait dans une certaine mesure que cette œuvre soit comme réservée à un certain public.
Résumé de "La lettre écarlate" :
En 1850, l’adultère était considéré comme un péché extrême. L’intrigue du roman, s’organise autour du châtiment et de la pénitence de Hester Pryne, héroïne de "La Lettre Écarlate". Mais si la faute d’Hester , est un péché d’après les préceptes sociaux, moraux et religieux, cette action ne serait qu’un mouvement intérieur en accord avec quelque loi régissant la Nature, avec laquelle les humains ne devraient faire qu’un. Cet argument subversif montre que HAWTHORNE était loin des préceptes de ses ancêtres rêvant de "fonder une communauté idéale selon la volonté de Dieu et les exigences de la conscience puritaine".
Cette superbe histoire de rédemption se déroule au XVIIème siècle en Nouvelle-Angleterre. Boston, ville fondée il y a peu, vit sous le joug terrible du puritanisme américain. Rien n’est autorisé : les passions que condamne la morale austère et oppressante des colons, sont tues, enfouies au plus profond de soi.
Le roman s’ouvre sur une scène édifiante : la mise au pilori de l’héroïne qui tient dans ses bras son enfant âgé de trois mois. La foule l’observe, impitoyable, et les femmes sont sans conteste les plus vipérines. D’ailleurs, sont-elles des femmes ? Elles possèdent une allure masculine, hommasse. Le climat est rude, la nature hostile et ces créatures de Dieu sont à l’image de cet environnement âpre et rugueux. Hester est donc exposée à la vindicte populaire en tant qu’exemple du châtiment que les représentants de Dieu réservent à celles et ceux qui ont cédé.
La jeune femme, superbe de féminité, de beauté sensuelle, porte sur sa poitrine en signe de punition, la lettre "A" emblème de son ignominie brodée en fil d’or et coupée dans un somptueux tissu écarlate.
Rappelons que, selon 1a tradition en Nouvelle-Angleterre, toute personne reconnue, par ses juges, coupable d’une faute était condamné à porter, sur elle, l’initiale de cette même faute ainsi qu’à recevoir un certain nombre de coups de fouet, si elle ne pouvait pas payer une amende. Quant au "A" de Hester, le lecteur ne peut que penser au mot adultère. Cette femme déchue est par conséquent condamnée à vivre dans la solitude "in the wilderness" en marge de sa communauté. Hester vit donc en retrait, brodant néanmoins de fantastiques vêtements car nul ne peut ignorer le don qui la possède, celui de l’aiguille courageuse et digne, Hester affronte l’opprobre des puritains, certaine qu’elle n’est pas la seule à avoir aimé.
Parallèlement à sa lente et douloureuse réhabilitation se noue un autre drame. Son mari qu’elle croyait avoir perdu, Roger Chillingworth, vient de faire son apparition. Il vient lui rendre visite et lui fait promettre de ne jamais signaler sa présence aux autorités de la ville. Un seul dessin anime cet homme trompé, bafoué : perdre l’âme de son rival.
Or l’amant d’Hester n’est autre que le pasteur aimé et célébré de la communauté, Arthur Dimmesdale. Ce dernier est avant tout un homme de la parole, à la rhétorique puissante et envahissante. Il manie le verbe avec une virtuosité exceptionnelle, insufflant à sa voix des modulations qui fascinent ses ouailles. Une vie de labeur, de fidélité à Dieu suffit à le sanctifier. Or, il dépérit chaque jour sous le regard inquiet et attendri des hommes et des femmes qu’il gouverne.
Le terrible Roger Chillingworth, fou de joie et de haine, découvre le lourd secret qui mine le clergyman. Il peut enfin librement torturer son rival et il n’y manquera pas.
Les années passent, Hester devient cette femme forte qui élève seule la petite Pearl, fruit de son adultère. Mais Arthur Dimmesdale cède chaque jour sous la torture morale que lui inflige le mari trompé. Il meurt surtout tué par sa conscience et son rigorisme puritain. Roger Chillingworth, homme contrefait, est de plus en plus asservi par le but qu’il s’est fixé : il devient un démon. Cependant il échoue car Arthur avoue son péché à la communauté et meurt dans les bras de celle qu’il a toujours aimée. La réhabilitation d’Hester est alors complète, à tel point que sa lettre écarlate ne la désignera plus comme adultère mais comme active.
Tout est sombre dans ce roman, atmosphère accentuée par le vocabulaire répétitif. Mais cet univers crépusculaire est lézardé par les éclats de rire et la vivacité de la petite Pearl. Le personnage de Pearl, lutin ou sorcière ?
Pearl, enfant de l’amour, espiègle petit lutin, est issue d’une union qui résulte du péché (avec un père inconnu qui pourrait être Satan) donc elle doit posséder une facette diabolique par son physique (yeux et cheveux noirs) et sa psychologie ! "toutes les fois qu’elle apparaît dans les profonds brillants inapprivoisables yeux noirs, cette expression semblait rendre la petite fille inaccessible". De plus, Pearl est incapable de ressentir ou de comprendre la douleur et son rire est bruyant, sonore et ricanant... "Pareil lutin est-il bon ou mauvais ? ... Qu’est-ce donc au juste que cette enfant ?" Même Dame Hibbins, la sorcière de ce roman, se prosterne devant Pearl, en la voyant, comme si elle incarnait sa reine, ce qui montre bien que Pearl est bien considérée comme un personnage maléfique.
A la fin du roman, Pearl présente une deuxième facette qui ne la différencie plus des autres filles de la communauté. La seconde facette, nous ne la connaissons qu’à la fin de ce roman, lorsque le pasteur Arthur Dimmesdale avoue son péché aux villageois alors qu’il était sur le point de mourir. Rappelons qu’il était un temps où l’on disait que tout le monde pouvait être sauvé, durant le Jugement Dernier, afin d’aller au Paradis. Pour se faire, on devait se confesser afin d’être exonéré. Faute avouée, Arthur Dimmesdale a donc été pardonné pour le péché d’avoir aimé Hester Pryne et de lui avoir donné un enfant. De même, Hester Pryne a été pardonnée puisque sa lettre, à la fin du roman, ne veut plus dire adultère mais active, ce qui ne fait plus de Pearl une enfant du péché mais une enfant ordinaire par le biais de la confession. Ce sont ses premières larmes aperçues, lorsqu’elle est aux côtés de celui qu’elle découvre comme son père, qui nous font remarquer qu’elle n’est plus l’enfant du péché puisqu’à ce moment, on se rend compte qu’elle est capable de ressentir une douleur humaine : la tristesse. De plus, dans la conclusion de cette œuvre, on apprend que Pearl, selon les faiseurs de commérages, s’était heureusement mariée et qu’elle avait reçu l’héritage de Roger Chillingworth, le mari de Hester Pryne.

Adaptations au cinéma :
Dans la première moitié du XXe siècle, nous avons de nombreuses adaptations de la Lettre Écarlate : aux États-Unis, il y a des versions de 1908, 1911, 1913, 1917, 1920 avec Herbert Kaufman, 1926 de Victor Sjöström, avec Lillian Gish et Lars Hanson ; 1934 de Robert Vignola avec Colleen Moore et Hardie Albright. Il existe également une version anglaise de 1922 de Challis Sanderson, avec Sybil Thorndike et Tony Fraser. "Les sorcières de Salem", version française de 1956 de Raymond Rouleau a été tournée avec avec Yves Montand et Simone Signoret.
Le film "La lettre écarlate" a été réalisé par Wim WENDERS, produit par Peter GENÉE et Primitivo ALVAREZ en 1973. Ce n’est pas directement du roman même de Hawthorne dont Wenders s’est inspiré, mais de la pièce de théâtre de son compatriote Tankred Dorst, tirée du livre "Der Herr klagt über sein Volk in der Wildnis Amerika" (Dieu se plaint de son peuple dans le désert dAmérique). Wenders dira "Je n’ai pas revu le film pendant des années, il me faisait peur. Finalement, cest un film assez respectable. Mon échec est cependant de n’avoir pas réussi à donner une idée de ce qui a changé depuis deux siècles." A ce jour, le seul autre film historique de Wim Wenders est "Hammett".
Il a fallu quatre scénaristes pour ce film : Tankred Dorst, Ursula Elher, Bernando Fernandez et Wim Wenders lui-même. Les costumes sont de Carmen Marin, les décors de Adolfo Cofino et Manfred Luetz et les montages de Peter Przygodda. Les principaux acteurs sont Senta Berger (Hester Pryne), Hans-Chistian Belch (Roger Chillingworth), Lou Castel (Arthur Dimmesdale), Yella Rottändler (Pearl)...
Le scénario : A Salem, au XVIIe siècle : pour avoir commis le péché d’adultère, Hester Pryne doit comparaître chaque année devant le tribunal où elle est sommée de révéler le nom de son amant, qu’elle ne voudrait avouer pour rien au monde (elle l’aime et il s’agit de plus du pasteur Arthur Dimmesdale !)

"Moi, Tituba sorcière" de Maryse CONDÉ
Ce roman de Maryse CONDÉ n’est pas parmi les plus célèbres associées au procès de Salem. Cependant, il a été écrit récemment ce qui montre que les sorcières de Salem restent une source d’inspiration potentielle pour de nombreux auteurs. De plus, son titre a suffit à retenir notre attention, aux dépends des nombreux récits qui s’offraient. En effet, Tituba reste à la fois une des figures les plus importantes de l ’affaire de Salem, mais surtout une des plus énigmatiques puisque nous n’avons que très peu d’informations à son sujet. Ce roman fut une opportunité de se plonger dans l’histoire de Salem à travers le regard de Tituba, une des premières à rejoindre le banc des accusées. Cette œuvre est plus sérieuse et plus proche de la réalité que celles d’autres écrivains qui ont voulu apporter leur grain de fantaisie aux évènements de 1692. A l’exception du début et de la fin de la vie de Tituba, ainsi que ses capacités à communiquer avec les Invisibles et le personnage d’Hester, emprunté à Nathaniel Hawthorne, tout s’est déroulé comme elle nous le décrit : les faits et les figures citées ont vraiment existé, la chronologie, les lieux, le contexte social et économique sont respectés.

Résumé : L’histoire de cette jeune esclave commence au XVIIème siècle à la Barbade, île des petites Antilles anglaises. Tituba est née du viol de sa mère Abena par un marin anglais, à bord d’un bateau négrier. Tituba est, dès ses premiers instants, une enfant de la douleur, car sa mère Abena lui porte peu d’affection. Elle trouve cependant chaleur et réconfort auprès de Yao, l’amant d’Abena Malheureusement, après avoir blessé le maître blanc qui tentait d’abuser d’elle, Abena est pendue devant les yeux de sa fille puis Yao se suicide.
Tituba est alors recueillie par Man Yaya, une vieille femme qui l’initie aux secrets de la guérison par les plantes et lui apprend à entrer en communication avec les morts. Man Yaya meurt à son tour, Tituba se construit alors une case dans les bois, à l’écart des habitations. Un jour, elle rencontre John Indien, esclave de Susanna Endicott. Par amour pour cet homme, Tituba quitte sa vie libre pour entrer au service de la maîtresse de John.
Les humiliations qu’elle subit dans sa nouvelle position et la menace que fait peser sur elle le fait qu’elle ait été élevée par une "sorcière" la poussent à donner la mort à Susanna Endicott, mais l’esprit de Man Yaya lui déconseille d’adopter le système de violence des Blancs. Néanmoins, elle afflige Susanna Endicott d’une malade très grave. Finalement, cette dernière, sur le point de mourir, se voit forcée de vendre le couple à un nouveau maître, le très puritain Samuel PARRIS. Celui-ci part aux États-Unis en amenant John Indien et une Tituba résignée à l’esclavage par amour. Après avoir passé un peu de temps à Boston, la famille de Samuel PARRIS part à cause des problèmes financiers pour la ville de Salem.
Un triste sort attend la jeune femme à Salem où le révérend Parris a été nommé. A la suite de crises d’hystérie que sa présence semble déclencher auprès de Betsey, la fille de PARRIS, et de sa cousine Abigail, Tituba est accusée de sorcellerie et jetée en prison. Par la suite, elle fait la connaissance d’une jeune femme détenue pour adultère, Hester PRYNE, qui lui conseille de confesser être une sorcière lors de son interrogatoire devant le tribunal. Cet aveu lui permet d’échapper à la mort.
Après un long séjour en prison, elle sera rachetée par un commerçant juif. Tituba se sent bien chez Benjamin Cohen d’Azevedo, car celui-ci la traite d’une manière respectueuse. Malheureusement, les habitants de la ville n’acceptent pas l’amitié entre Tituba et le veuf juif : une nuit, la maison d’Azevedo brûle, les neuf enfants du maître meurent dans l’incendie. A cause des persécutions qui s’abattent sur lui, Benjamin décide de s’en aller à Rhodes Island. Par conséquent, il rend la liberté à Tituba qui décide de retourner dans son île natale, la Barbade.
Elle y est accueillie par les marrons, un groupe d’esclaves qui se cachent dans les montagnes. Puis, elle se détache de ce groupe dont elle ne partage pas les buts et la façon de vivre. Elle retourne dans la forêt pour y restaurer son ancienne cabane. Un jour, des esclaves conduisent auprès d’elle un jeune homme, Iphigène, qu’on a cruellement flagellé. Guéri, Iphigène devient l’amant de Tituba. Mais accusé d’avoir fomenté une révolte, il est exécuté et Tituba pendue pour l’avoir accueilli. Elle rejoint alors le monde des Invisibles, le royaume des morts, et entreprend la dure tâche d’aider les esclaves dans l’avenir !Relations entre Tituba et les puritains :

De l’incompréhension à l’inquiétude :
Dans un premier temps, Tituba est choquée par l’austérité extrême de la religion puritaine. Lors de sa rencontre avec Samuel Parris, les traits du révérant sont tellement sévères et son apparence si morbide qu’elle le prend pour le diable : "Grand, très grand, vêtu de noir de la tète aux pieds, le teint d’un blanc crayeux ... des prunelles verdâtres et froides, astucieuses et retorses, créant le mal parce qu’elles le voyaient partout. C’était comme si on se retrouvait en face d’un serpent ou de quelque reptile méchant, malfaisant. J’en fus tout de suite convaincue, ce Malin dont on nous rabattait les oreilles ne devait pas dévisager autrement les individus qu’il désirait égarer puis perdre"
Elle ne tarde pas à s’apercevoir que non seulement les adultes mais aussi les enfants obéissent au même code strict. Un coup oeil posé sur Betsey et Abigail suffit à ce qu’elle s’en rende compte. Quand elle "croise ... le regard des deux fillettes, affublées de longues robes noires sur lesquelles tranchaient d’étranges tabliers blancs et coiffées de béguins qui nelaissaient pas dépasser un brin de leur chevelures ... elle devine ... que Betsey et Abigail WILLIAMS étaient, elles aussi, privées de leur enfance" et avoue avoir "éprouvé une profonde pitié pour elles". Au lieu de jouer corrme la plupart des enfants de leur âge, les jeunes filles sont élevées dans la crainte du diable selon les enseignements de la Bible. Tout dans la société puritaine se rapporte à la religion, comme le montre cette réplique d’une habitante de Salem à l’arrivée des PARRIS au village : "le quatrième commandament nous ordonne de travailler et de verser la sueur de notre front, les hommes sont aux champs" . Tituba rapporte que, s’ils sont si pieux, c’est à cause de leur croyance forte en le diable et de leur crainte du Tout- Puissant : "le Malin nous tourmente tous. Nous sommes tous sa proie. Nous serons tous damnés". Ainsi, confessent-ils leurs péchés chaque jour et prient-ils avec ardeur, au plus grand agacement de Tituba. Samuel PARRIS apparait comme le plus forcené des puritains "enfermé dans la maison comme une bète en cage, priant interminablement ou feuilletant son livre redoutable". Même lorsqu’il apprend à sa fille Betsey son alphabet, il ne peut pas s’empêcher de se référer aux enseignements sacrés : "A=dans la chute d’Adam nous sommes tous entraînés, B=seule la Bible peut sauver nos vies... ". Par ailleurs, les Puritains ne se livrent au sexe qu’avec répugnance, à la plus grande surprise de Tituba qui considère cet acte comme la plus belle preuve d’amour et qui affiche encore une fois sa différence avec les puritains (Elisabeth Parris va jusqu’à qualifier le sexe "d’héritage de Satan en nous". Il est vrai que leurs superstitions les amènent à déceler le diable partout. Tituba fut stupéfaite de constater la torpeur que peut provoquer l’irruption d’un chat noir sur la famille PARRIS !Peu à peu, l’incompréhension de Tituba se transforme en peur. Elle réalise que ces superstitions sont dangereuses car elles conduisent à des préjugés lourds de conséquences. Puisque le diable est partout, n’importe qui peut se laisser séduire et entrer sous ses ordres. C’est pourquoi, dès qu’un malheur arrive, chacun est susceptible d’être tenu pour responsable : "Je n’avais pas pris la pleine mesure des ravages que causait le religion de Samuel PARRIS ni même compris sa vrai nature avant de vivre à Salem. Imaginez une étroite communauté d’hommes et de femmes, écrasés par la présence du Malin parmi eux et cherchant à le traquer dans toutes ses manifestations." La rigidité de la morale puritaine est sans limite. La référence au personnage d’Hester PRYNE souligne leur intolérance, puisqu’ils punissaient l’adultère de mort. C’est cette femme qui expose à Tituba les raisons du fanatisme de la communauté : "Dans les flancs du Mayflower ... il y avait mes deux ancêtres ... qui venaient faire éclore le royaume du Vrai Dieu. Tu sais combien pareils projets sont dangereux et je passerai sur la férocité avec laquelle leurs descendants ont été élevés."
Tituba devait subir plus de préjugés en raison de sa "couleur était signe d’intimité avec le Diable" et en raison de sa connaissance des plantes, qui lui conférait certains dons de guérison. Sa réputation de sorcière va également s’aggraver après qu’Abigail et ses amies aient rapporté les histoires dramatiques que l’esclave leur racontait, notamment à propos de supposées sorcières dans le village. Malheureusement, Tituba n’avait pas imaginé les conséquences qu’auraient ses paroles sur des adolescentes impressionnables.
Tituba pourrait avoir déclenché la catastrophe. En effet, comme elle ne supportait pas de voir Betsey et Abigail gâcher leur jeunesse, elle a entrepris de leur redonner le sourire. En dépit des avertissement d’Elisabeth PARRIS : "Ne conte pas toutes ces histoires aux enfants ! Cela les fait rêver et le rêve n’est pas bon !" ou "Attention, Tituba ! qu’elles ne dansent pas !", elle les initie à des divertissements interdits jusqu’alors. La danse par exemple était considérée corrme le premier pas vers Satan. Tituba avait hésité à convier Abigail à ses nouveaux jeux car dès leur première rencontre, elle ne lui avait pas inspiré confiance.Alors qu’elle avait dissirnulé à son père les divers occupations auxquelles elle s’adonnait avec sa cousine sous l’autorité de Tituba, ses nouvelles relations avec les adolescentes de Salem vont révéler sa vrai nature. Consciente que ce qu’elle fait va à l’encontre des principes qu’on lui a enseignée et prise de remords, elle va vouloir se venger de Tituba. Elle parvient alors sans diffIcultés à convaincre la jeune Betsey que Tituba les détourne du droit chemin, c’est à dire de Dieu Commençairent alors une longue série de crises d’hystérie, dont la prernère est subie par Betsey et peut être assimilée à une crise de panique. Par la suite, Abigail et ses amies auront l’idée de l’imiter dans le but de nuire à l’esclave noire et de trouver une excuse à leurs péchés. Tituba a immédiatement compris leur manège : "Betsey, qui vous a montée contre moi ? ... Est-ce Abigail ? ". Cependant, elle ne conçoit pas que cette dernière ait manigancé cela seule : "Abigail n’était qu’une comparse, habile à flairer le parti à tirer d’un bon rôle. Il falait regagner la confiance de Betsey". Mais il était trop tard pour raisonner la fillette car les crises ont produit l’effet espéré. Tout le village ne tarde pas à être persuadé que le Malin se cache derrière ce mystère : "l’assistance se rua dans toutes les directions, tomba à genoux, récitant psaumes et prières".
Les personnes qui jusque là faisaient confiance à Tituba vont alors se retourner contre elle. C’est le cas d’Élisabeth Parris à qui elle avait pourtant sauvé la vie : "Or en un clin d’œil, tout cela était oublié et je devenais une ennemie". C’est aussi le cas du docteur Griggs qui va même confirmer la présence du diable chez les affligées. Tituba est torturée pour obtenir d’elle qu’elle accepte d’avouer ses fautes et celles de ses complices. En fait, Parris se sert d’elle pour épurer Salem des mauvais chrétiens et des gêneurs. Malgré quelques remords, Tituba se résout finalement à céder sous la menace afin d’échapper à la mort et dénonce quelques habitantes de Salem au cours du procès. Son rôle s’arrêta ici : "Je ne fus pas un témoin oculaire de la peste qui frappa Salem, car je fus, après ma déposition, tenue enchaînée dans la grange de Deacon Ingersoll." Elle n’apprend que plus tard que le procès n’était en fait "qu’une histoire de terres, de gros sous et de vieilles rivalités"Maryse Condé reprend les raisons les plus fréquentes proposées par les historiens pour expliquer cette tragique histoire, c’est à dire que le scandale a éclaté après que quelques adolescentes aient simulé des crises d’hystérie survenues après avoir ressenti des remords à avoir désobéi aux Écritures Saintes ce qui nous amène à penser que la culpabilité a dicté leur conduite. Ensuite ce sont les adultes qui ont profité des premières accusations pour prolonger l’affaire. L’auteur utilise également plusieurs références historiques et littéraires pour accentuer la vraisemblance de ce récit (allusion à Cotton Mather, aux premiers pèlerins, extraits des véritables interrogatoires de Tituba et de John Indien, dates...)

Les sorcières en peinture :
Dans l’art pictural, les procès des sorcières de Salem ont inspiré de nombreux peintres mais la majorité de ces œuvres sont actuellement anonymes. Quelques reproductions miniatures de ces œuvres illustrent l’introduction et notre partie décrivant le procès. L’un deux n’a cependant pas été oublié : le peintre américain Tompkins Harrison MATTESON, a participé à l’illustration de cet événement, vers la fin du XIXèrne siècle.
De nos jours, les peintures faisant référence aux sorcières de Salem deviennent rarissimes.

"La marque du diable" de T.H. MATTESON :
Cette peinture à l’huile date de 1853 et représente une étape du procès remontent à 1652. Une version antérieure avait notamment été exposée à New York par l’artiste en 1848, avec une citation du livre "Supernaturalisrne de la Nouvelle Angleterre", écrit pas John Greenleaf Whittier en 1847 : "Mary Fisher, une jeune fille a été saisie par le sous-gouverneur de Bellingham en l’absence du gouverneur Endicott, et honteusement dépouillée afin de s’assurer si elle était une sorcière, avec le masque du diable sur elle". Cette œuvre se trouve actuellement au Musée de Peabody Essex à Salem, dans le Massachusetts.
La scène se déroule dans une grande pièce où sont regroupés plusieurs personnages différent par l’âge, le statut social, les attitudes, on peut déduire que nous assistons à un événement tragique par lequel tout le monde se sent concerné.
Au centre du tableau, se trouve une jeune fille à moitié dénudée qui semble le centre d’attention des autres personnages qui soit la montrent du doigt, soit posent sur elle un regard plus ou moins hostile. Bien qu’elle regarde dans notre direction, elle nous montre son dos, préoccupation de l’assistance : une vieille femme à sa gauche pointe un endroit précis soulignant l’anomalie physique, le doigt de la mégère étant au centre du tableau pour accentuer l’importance de ce signe du diable. Pendant ce temps, une comparse, sous le regard bienveillant d’une religieuse, s’affaire à déshabiller entièrement l’accusée.
Derrière ce groupe, un homme est chargé de maintenir l’ordre comme l’indique son casque qui démontre qu’il fait partie des autorités. A l’aide d’une canne, il interdit l’accès aux curieux, qui se bousculent à l’arrière plan, sur le seuil de la porte. Dans le fond, au premier plan au premier rang, on discerne des personnes impliquées dans t’affaire et à qui l’accusée semble avoir fait du tord si l’on en croit l’attitude de l’homme qui s’apprête à se jeter sur elle. Ce dernier est cependant retenu d’une main ferme par le garde debout derrière lui, dans le coin de la pièce. Comme le premier, il est reconnaissable par son casque et veille à la sécurité et au bon déroulement de l’audience.
Assis à gauche, le juge est identifié par ses vêtements et sa posture imposante. L’homme muni d’un monocle observe le dos de la jeune fille et prend des notes : d’après sa tenue, il s’agirait d’un ministre. Leur sérieux et leur calme contraste avec la partie droite où les sentiments se déchaînent.
Au premier plan, une jeune femme est sur le point de s’évanouir. Elle est retenue par l’homme derrière elle. En outre, un homme qui vraisemblablement a perdu connaissance, gît à ses pieds.
A l’extrême droite enfin, se dresse un homme vêtu tout de noir qui porte un chapeau à large bord. Son accoutrement ainsi que l’austérité de son expression laissent supposer qu’il est un révérend puritain.
La lumière se concentre sur l’accusée au centre du tableau pour mettre la jeune fille en valeur. Par ailleurs, le fait qu’elle soit encadrée, en haut et en bas par de larges espaces vides, la met d’autant plus en relief. La profondeur est également rendue par cette impression de dénuement que donne le sol au premier plan comparée à la foule de personnages représentée au second plan. La foule est encadrée par deux bandes vides, ce qui augmente la sensation de densité.

Conclusion
Les procès des sorcières de Salem ne sont qu’une infime partie dans l’histoire de la sorcellerie. Effectivement, on retrouve de la sorcellerie dans la préhistoire, dans l’antiquité avec la naissance de l’écriture qui aura permis la gravure de rituels magiques sur la pierre. Au Moyen-Âge, où les principes de la sorcellerie trouvaient leurs racines dans la civilisation celtique, en Europe, à la renaissance... Seulement, l’épisode des sorcières de Salem est l’un des plus célèbres car il existe d’amples adaptations dans la littérature de cet épisode dont le début est marqué par Nathaniel Hawthorne, vers le milieu du XVIIIème siècle et qui continue ensuite avec l’influence du Maccarthysme au XXème siècle.
La plupart des adaptations cinématographiques se sont faites au début du XXème siècle, ce qui est normal car l’apparition du cinéma est alors récente.
Dans la peinture, l’adaptation de cet événement s’est plutôt effectué vers la fin du XlXème siècle ; toutefois la plupart de ses peintures sont de peintres anonymes. La Renaissance italienne ayant largement diffusé des images de nudités parfaites, débarrassées de l’idée du péché, liant perfection physique et beauté intérieure, une réaction chrétienne, particulièrement forte chez les germaniques, lie la nudité féminine au thème du mal et de la destruction.
La mort, la vieillesse, la femme, la sexualité, sont des thèmes qui s’entrelacent. Chez GRIEN en particulier, l’érotisme et le rnacabre se mêlent dans ses nombreuses représentations de sorcières, pour donner une vision cauchemardesque de la sexualité en général et de la femme en particulier. Ces images abondamment diffusées forgèrent le mythe de la sorcière vieille, laide puante ou diaboliquement belle, tentatrice et lubrique.
La chasse aux sorcières s’éteint progressivement à partir du XVIIème -XVIIIème siècle ; le regard de la société change. La sorcière n’est plus vue de la même manière : elle ne fait plus peur. Incontestablement, durant les événements de Sorcellerie qui se passèrent à Salem, la sorcière avait une image maléfique et on lui prêtait un lien avec le diable. A l’époque, on désignait comme sorcière "des vieilles femmes aigries aux mentons et genoux presque soudés par l’âge, le dos arqué, clopinant sur un bâton, l’œil creux, édenté, le visage raviné, les membres agités de tremblements, marmonnent dans les rues". Aujourd’hui, que ce soit au cinéma ou dans la littérature la sorcière a une image "magique". En outre, les soi-disant sorcières de l’époque, nous sont désormais connues comme des personnes extralucides, des homéopathes ou des herboristes. Avec le temps, on réalise que le phénomène des sorcières n’est qu’invention du gouvernement et les histoires qui s’y rapportent, telles de voyager sur un balai, ne sont imaginaires. Si les vraies sorcières avaient existé, elles auraient pu échapper au bûcher ou à la pendaison par quelques tours ?

Références documentaires et bibliographies

Livres :
- Arthur MILLER, "Les sorcières de Salem", édition Robert Laffont, 1962
- Nathaniel HAWTHORNE, "La lettre écarlate", collection Folio classique, éditions Gallimard, 1954
- Maryse CONDÉ, "Moil Tituba sorcière noire de Salem", collection Histoire romanesque, éditions Mercure de France, 1986
- Michel BOUJUT, "Wim WENDERS", collection edilio, éditions de la ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanene

Films :
- Nicholas HYTNER, "La chasse aux sorcières", 1996.
- Wim WENDERS, "La Lettre écarlate", 1973.

Sites Internet :
- http://les4cats.free.fr/miller2.htm
- http://lavoisier.free.fr/dossiers/halloween/Salem.htm
- http://perso.wanadoo.fr/ecole-paroles/html/n46/08-salem.htm

Bibliographie de Maryse CONDÉ :
Née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), sa scolarité s’y est déroulée avant qu’elle ne vienne à Paris étudier les lettres Classiques à la Sorbone En 1960, elle se marie au comédien Mamadou Condé et part pour la Guinée où elle affronte les problèmes inhérents aux États nouvellement indépendants. Après son divorce, elle séjourne en Afrique (au Ghana et au Sénégal notamment) avec ses quatre enfants. De retour en France en 1973, elle se remarie avec Richard PHILCOX, enseigne dans diverses universités et entame sa carrière de romancière. Après la publication de "Ségou" son quatrième roman, elle rentre en Guadeloupe. Cependant, elle quitte bientôt son île natale pour s’établir aux USA où elle enseigne aujourd’hui à Columbia University. Parmi ses œuvres principales on compte "Heremakhonon"(1976), "Ségou" (deux volumes, 1984-1985). "Desirada" (1997), "Célanire Cou-Coupé" (2000). Maryse a reçu le Grand prix littéraire de la femme lors de la publication de son roman "Moi, Tituba sorcière noire de Salem" en 1987 puis le Grand prix littéraire des jeunes lecteurs de l’Île de France en 1994.

Bibliographie de Nathaniel HAWTHORNE :
Nathaniel HAWTHORNE naquit à Salem le 4 juillet 1804. Il considérait cette ville comme un lieu magique avec lequel il entretenait un lien occulte du fait de ses racines ancrées profondément dans la terre de cette ville : "il y a en moi un sentiment pour ce vieux Salem que faute d’un meilleur terme, je dois me contenter d’appeler affection. Ce sentiment fait probablement référence aux racines profondes et de longue date que ma famille a jetée dans cette terre. Cela fait maintenant deux siècles et un quart depuis que le breton origineI, le premier à émigrer de mon nom, fit son apparition dans la colonie sauvage entourée de forêts qui est depuis devenue une ville".
Il est l’arrière-arrière-petit-fils de l’écrivain John HATHORNE, juge qui persécuta les célèbres sorcières de Salem et qui participa aux célèbres procès de sorcellerie.
Sa mère, Belsabeth Clarke Marning Hathorne, était une femme de grande beauté mais que le veuvage changea en un être taciturne et retiré du monde : traits de caractère que l’on retrouvera chez l’écrivain. On dit aussi que sa mère racontait à ses enfants des histoires de sorcières brûlées vives sur le bûcher.
Hawthorne était effectivement un homme de caractère taciturne et d’humeur solitaire, qui se sentait persécuté par les fantômes de ses aïeux, tel le juge Hathorne, célèbre magistrat de l’affaire des sorcières de Salem ; parenté qu’il redoutait au point de modifier l’orthographe de son nom de famille. En outre, il était convaincu que la malédiction ancestrale d’une sorcière de Salem à l’encontre de l’un de ses aïeux, s’était inexorablement abattue sur lui et que par le fait d’être écrivain, il exorciserait la lignée Hawthorne de cette malédiction. On peut, cependant, se demander si le pessimisme qui caractérise sa vision de l’être et du social ne troublerait pas sa source dans la noirceur mystique puritaine de ses origines que pourtant il exécrait et condamnait.
Enfant, Nathaniel Hawthorne fut frappé de paralysie aux deux jambes, mais, avec le temps, il récupéra leur usage restant rnalgré tout affligé d’un pied-bot toute sa vie. Il vit dans cette infirmité la manifestation de la malédiction de la sorcière : "Dieu te donnera à boire du sang" Nathaniel HAWTHORNE était un écrivain américain mal connu de son vivant, les critiques littéraires les plus notoires faisaient remarquer son manque de popularité, sa pauvreté et son tempérament mélancolique qui le disposaient à vivre retiré du monde.
Il n’était pas, dira de lui Edgar Allan POE, de ces "charlatans omniprésents". HAWTHORNE, lui-même, était persuadé qu’il n’était "qu’un rêve et pas quelqu’un de vrai". De plus, dans son journal, il notait : "quelquefois, il me semble que je suis déjà dans la tombe, avec juste assez de vie pour avoir conscience du froid qui m’engourdit".
Malgré tout, Nathaniel Hawthorne était un écrivain brillant. Certains disaient de lui qu’il avait du génie. Nathaniel HAWTHORNE était le seul auteur, de la première moitié du XlXème siècle, à avoir reçu autant de louanges de la part de ses contemporains et compatriotes les plus dotés de talent et de génie.

Bibliographie de Tompkins Harrison MATTESON : Matteson est né à Peterborough, New York, le 9 mai 1818, et mort à Sherbourne dans le même état, le 2 février 1884.
Il a été l’un des peintres les plus remarquables des Etats-Unis pendant les années 1850, ayant développé une saveur américaine distincte, très appréciée par ses contemporains, tenant ses rudiments d’unindien célèbre pour ses découpages et ses thèmes.
Après avoir étudié avec enthousiasme l’art au cours de son adolescence, il s’est établi à Sherbourne où il a commencé à peindre des portraits avec un certain succès. Malgré les difficultés qu’iI a pu rencontrer à ses débuts, notamment sur le plan financier, Matteson n’a jamais renoncé à sa carrière. Il a ouvert un studio de portrait et obtenu un succès rnodéré jusqu’à ce que, encouragé par le Dr Hale de l’Université de Hobart, il se soit engagé dans la représentation de scènes patriotiques qui lui ont finalement apporté le succès financier. Il se fit remaquer par son "Esprit de 76", acheté par l’Union américaine d’art. C’est avec cette toile que sa réputation est née. Dès lors, Matteson déménagea dans la ville de New YorJk, où il étudia à l’Académie Nationale dont il est devenu l’un des dirigeants en 1847.
De 1851 jusqu’à sa mort, il a résidé à Sherbourne. Il a été président de la société agricole de Chenange en 1855, et un représentant de la législature d’état entre d’autres activités.
Parmi ses œuvres, on compte "Le premier Sabbat des pèlerins", "Examen d’une sorcière", "Péril des premiers colons", "Eliot prêchant aux indiens", "Première prière dans le Congrès " et "Le retour de Rip Van Winkle des rnontagnes". Il a par la suite exposé "At the stile" et "Foddering cattle " à l’Académie Nationale de la conception en 1869. Matteson a surtout peint des scènes rurales, historiques, patriotiques et religieuses. Il était un grand admirateur des pèlerins d’où son surnom de Peintre-Pèlerin.

Biographie d’Arthur MILLER :
Il est né à New York le 17 octobre 1915 dans une famille juive. Son père, tailleur pour Dames a été ruiné pendant la dépression. Arthur a fait ses études à l’université du Michigan et a travaillé à l’usine. En plus des deux prix du Drama Critics’Circle Award et du Pulitzer Price et le Drama Critics’Circle Award , cités ci-dessous, Arthur MILLER collectionne la décoration Honorary Doctorate in Letters de l’Université d’Oxford en 95, l’Honorary Doctorate in Letters de l’Université de Harvard en 97, le Drama Desk Award et le Tony Award.
Il porte un regard incisif sur la politique et les arts, la société et ses citoyens, l’Amérique et le reste du monde. Il a rassemblé entre 1950 et aujourd’hui, cinquante années de réflexion en un seul volume, un choix d’essais éclectiques : de l’angoisse noire des années de la Dépression à la menace rouge du communisme tel qu’il a été perçu et traqué par le sénateur Joseph MacCarthy, des protestations contre la guerre du Viêt-nam aux révélations sur Nixon et le Watergate, de la chasse aux sorcières de Salem à la chasse à l’homme dont Bill Cliton a été la proie, des procès des anciens nazis à l’oppression de la Turquie...
Sa première production à Broadway est "L’homme qui avait toutes les chances". Sa pièce suivante, "Tous mes fils" gagne le Drama Critics’Circle Award. En 1949, il reçoit le Pulitzer Price et le Drama Critics’Circle Award pour "Mort d’un commis voyageur". Quatre ans plus tard, il reçoit le Tony Award pour "Vu du pont" inspiré de son expérience à l’usine, "souvenir de 2 lundi", "le prix", "après la chute", "incident à Vichy", "The Américan Clock", "The Archbishop’s Ceiling".
Son autobiographie, "timebends" est publiée en 1987.
Il écrit également des romans et des nouvelles, des pièces pour la télévision comme "Playing for time", des scénarios de films dont "The misfirs" (les désaxés) dirigé par John HUSTON, avec Clark GABLE, Elie WALACH, Montgomery CLIFT et Marilyn MONROE (deuxième femme de MILLER qui joua là son dernier film et y prononça sa dernière réplique restée célèbre "Comment retrouvez-vous votre route dans le noir ?").
C’est après ce film qu’il se sépare de Marilyn pour rester avec Inge MORATH, photographe de l’agence Magnum, qui va devenir sa troisième et dernière femme. "Comme une histoire d’amour" a inspiré le film "Everybody wins" de Karel RELSZ avec Nick NOLTE et Debra WINGER dans les rôles de Tom et Angela, sur un scénario de MILLER "Almost everybody wins". "Mort d’un commis voyageur" a été mis en scène en Chine puis plus récemment à Broadway avec Dustin HOFFMAN dans le rôle de Willy Loman.


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Lycée Jules-Hardouin Mansart de Saint Cyr L’Ecole (académie de Versailles)
Directeur de publication : Christine Joureau